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2
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Français
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Description
Contes divers (1882)
Guy de Maupassant
Autres temps
Gil Blas, 14 juin 1882
Quand un gentilhomme, au siècle dernier, ruinait galamment sa maîtresse, il en
acquérait aussitôt un surcroît de bonne réputation. Si la maîtresse ainsi dépouillée
était une grande dame, si, abandonnée aussitôt sa bourse vide, elle était
remplacée par une autre que le séducteur dévalisait avec la même aisance et le
même appétit, il devenait, lui, un roué, un homme à la mode, considéré, envié,
respecté, jalousé, salué jusqu’à terre, et jouissant de toutes les faveurs des
puissants et des femmes.
Hélas ! hélas ! un siècle plus tard, la jeunesse, dite des écoles, affichant et
pratiquant une morale toute différente de celle des anciens grands seigneurs,
s’exaltant au nom de principes sévères, se précipite avec fureur sur les quelques
êtres restés seuls dans la tradition du passé, de notre grand passé d’aristocratique
élégance, et les jette à l’eau pour voir s’ils nagent.
Et ces victimes supposées, mais non atteintes, ces descendants des roués sont
des malheureux, des pauvres, déshérités par la Providence, sans ressources sur le
pavé de Paris, et créés avec des instincts de millionnaires, des besoins de
dépense mal servis par une mollesse native qui les éloigne du travail.
Ils se sont fait ce raisonnement qui paraîtrait juste si nous ne le savions faux, à
savoir : qu’il existe par le monde des milliers de femmes dont la seule profession
consiste à ruiner des hommes en profitant des sentiments malsains ...
Guy de Maupassant
Autres temps
Gil Blas, 14 juin 1882
Quand un gentilhomme, au siècle dernier, ruinait galamment sa maîtresse, il en
acquérait aussitôt un surcroît de bonne réputation. Si la maîtresse ainsi dépouillée
était une grande dame, si, abandonnée aussitôt sa bourse vide, elle était
remplacée par une autre que le séducteur dévalisait avec la même aisance et le
même appétit, il devenait, lui, un roué, un homme à la mode, considéré, envié,
respecté, jalousé, salué jusqu’à terre, et jouissant de toutes les faveurs des
puissants et des femmes.
Hélas ! hélas ! un siècle plus tard, la jeunesse, dite des écoles, affichant et
pratiquant une morale toute différente de celle des anciens grands seigneurs,
s’exaltant au nom de principes sévères, se précipite avec fureur sur les quelques
êtres restés seuls dans la tradition du passé, de notre grand passé d’aristocratique
élégance, et les jette à l’eau pour voir s’ils nagent.
Et ces victimes supposées, mais non atteintes, ces descendants des roués sont
des malheureux, des pauvres, déshérités par la Providence, sans ressources sur le
pavé de Paris, et créés avec des instincts de millionnaires, des besoins de
dépense mal servis par une mollesse native qui les éloigne du travail.
Ils se sont fait ce raisonnement qui paraîtrait juste si nous ne le savions faux, à
savoir : qu’il existe par le monde des milliers de femmes dont la seule profession
consiste à ruiner des hommes en profitant des sentiments malsains ...
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