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Contes divers (1883)Guy de MaupassantAuprès d’un mortGil Blas, 30 janvier 1883Il s'en allait mourant, comme meurent les poitrinaires. Je le voyais chaque jours'asseoir, vers deux heures, sous les fenêtres de l'hôtel, en face de la mer tranquille,sur un banc de la promenade. Il restait quelque temps immobile dans la chaleur dusoleil, contemplant d'un œil morne la Méditerranée. Parfois il jetait un regard sur lahaute montagne aux sommets vaporeux, qui enferment Menton ; puis il croisait, d'unmouvement très lent, ses longues jambes si maigres qu'elles semblaient deux os,autour desquels flottait le drap du pantalon, et il ouvrait un livre, toujours le même.Alors il ne remuait plus, il lisait, il lisait de l'œil et de la pensée ; tout son pauvrecorps expirant semblait lire, toute son âme s'enfonçait, se perdait, disparaissaitdans ce livre jusqu'à l'heure où l'air rafraîchi le faisait un peu tousser. Alors il selevait et rentrait.C'était un grand Allemand à barbe blonde, qui déjeunait et dînait dans sa chambre,et ne parlait à personne.Une vague curiosité m'attira vers lui. Je m'assis un jour à son côté, ayant pris aussi,pour me donner une contenance, un volume des poésies de Musset.Et je me mis à parcourir Rolla.Mon voisin me dit tout à coup, en bon français :Savez-vous l'allemand, Monsieur ?— Nullement, Monsieur.— Je le regrette. Puisque le hasard nous met côte à côte, je vous aurais prêté, jevous aurais fait voir une chose inestimable : ce livre que ...
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Français