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Aryman se vengeStefan Żeromski1901Traduction du polonais par Michel Mutermilchparue dans le Mercure de France, vol. 74, 1908En s’approchant du sommet de la colline de la vie, il tournait encore son regard versla contrée qu’il avait traversée. Ses pieds fatigués portaient avec peine le poids deson âge misérable et lourd comme un bloc de plomb, vers le pays inconnu quidevait se montrer au loin. Le souci obstiné s’est appuyé sur ses épaules de sescoudes pointus et a voûté son dos. Les sangles de la vie se lâchèrent dans lalumière, et alors fut visible chaque trace bleue qu’elles avaient brûlée profondémentet fortement. Et le cœur, mille fois assouvi, ne désirait plus.Loin, dans les plaines, est restée l’époque où l’âme savourait tout, comme elle levoulait. Le signe de la main qui fait s’écarter et s’enfuir la foule, comme si la lueurdes pointes des javelots baissés et des glaives nus la frappait, le signe de la mainqui fait ramper à nos pieds l’homme inconnu, comme si la corde du sbire l’y traînait,l’ennuya et le dégoûta.Et dans toutes les choses qu’on acquiert par la possession, il ne trouvait que dusouci.Oh, si l’on pouvait revenir par le même chemin, oh, si l’on pouvait marcher enarrière et voir encore une fois ce que l’on a déjà vu, — revenir vers les valléeslointaines fondues dans les brumes des regrets ! Revenir vers les visions du cœur,revoir le monde irréel qui se reflète dans les yeux d’enfant... Écouter en silence lesoupir mystérieux, connu ...
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