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17
pages
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Français
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Description
Rinconète et Cortadillo
Miguel de Cervantes Saavedra
trad. Louis Viardot
RINCONÈTE ET CORTADILLO
Un jour des plus chauds de l’été, se rencontrèrent par hasard à l’hôtellerie du
Molinillo, qui est au bout de la fameuse plaine d’Alcudia, quand nous allons de la
Castille à L’Andalousie, deux jeunes garçons de quatorze à quinze ans. Ni l’un ni
l’autre n’en avait plus de dix-sept ; tous deux de bonne mine, mais décousus,
déchirés, en guenilles. De manteaux, ils n’en avaient pas ; leurs culottes étaient en
toile et leurs bas en chair. Il est vrai que les écoliers relevaient leur toilette, car ceux
[1]de l’un étaient des sandales de corde aussi usées que trainées, et ceux de l’autre
sans semelles, de manière qu’ils lui servaient plutôt d’entraves que de souliers. L’un
[2]avait sur sa tête une montera verte de chasseur ; l’autre, un chapeau sans ganse,
bas de forme et large d’ailes. L’un portait sur le dos, et rattachée devant la poitrine,
une chemise couleur de peau de chamois, toute roulée dans une manche ; l’autre
avait les épaules libres et sans bissac ; mais on lui voyait sur l’estomac un énorme
paquet que l’on sut depuis être un collet, de ceux qu’on appelle wallonnes
empesées, lequel était empesé de graisse, et si effilé par les déchirures qu’il
semblait un paquet de charpie. Dans ce collet était roulé et précieusement
conservé un jeu de cartes de figure ovale, car, à force de servir, leurs coins
s’étaient usés, et, pour les faire durer davantage, on les avait écorniflées ...
Miguel de Cervantes Saavedra
trad. Louis Viardot
RINCONÈTE ET CORTADILLO
Un jour des plus chauds de l’été, se rencontrèrent par hasard à l’hôtellerie du
Molinillo, qui est au bout de la fameuse plaine d’Alcudia, quand nous allons de la
Castille à L’Andalousie, deux jeunes garçons de quatorze à quinze ans. Ni l’un ni
l’autre n’en avait plus de dix-sept ; tous deux de bonne mine, mais décousus,
déchirés, en guenilles. De manteaux, ils n’en avaient pas ; leurs culottes étaient en
toile et leurs bas en chair. Il est vrai que les écoliers relevaient leur toilette, car ceux
[1]de l’un étaient des sandales de corde aussi usées que trainées, et ceux de l’autre
sans semelles, de manière qu’ils lui servaient plutôt d’entraves que de souliers. L’un
[2]avait sur sa tête une montera verte de chasseur ; l’autre, un chapeau sans ganse,
bas de forme et large d’ailes. L’un portait sur le dos, et rattachée devant la poitrine,
une chemise couleur de peau de chamois, toute roulée dans une manche ; l’autre
avait les épaules libres et sans bissac ; mais on lui voyait sur l’estomac un énorme
paquet que l’on sut depuis être un collet, de ceux qu’on appelle wallonnes
empesées, lequel était empesé de graisse, et si effilé par les déchirures qu’il
semblait un paquet de charpie. Dans ce collet était roulé et précieusement
conservé un jeu de cartes de figure ovale, car, à force de servir, leurs coins
s’étaient usés, et, pour les faire durer davantage, on les avait écorniflées ...
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Français
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