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Charles de Saint-Évremond
Œuvres mêlées
Réflexions sur la religion
1RÉFLEXIONS SUR LA RELIGION .
(1684.)
À considérer purement le repos de cette vie, il seroit avantageux que la religion eût
plus ou moins de pouvoir sur le genre humain. Elle contraint, et n’assujettit pas
assez ; semblable à certaines politiques, qui ôtent la douceur de la liberté, sans
apporter le bonheur de la sujétion. La volonté nous fait aspirer foibleinent aux biens
qui nous sont promis, pour n’être pas assez excitée par un entendement qui n’est
pas assez convaincu. Nous disons, par docilité, que nous croyons ce qu’on dit,
avec autorité, qu’il nous faut croire : mais, sans une grâce particulière, nous
sommes plus inquiétés que persuadés d’une chose qui ne tombe point sous
l’évidence des sens, et qui ne fournit aucune sorte de démonstration à notre esprit.
Voilà quel est l’effet de la religion, à l’égard des hommes ordinaires ; en voici les
avantages, pour le véritable et parfait religieux. Le véritable dévot rompt avec la
nature, si on le peut dire ainsi, pour se faire des plaisirs de l’abstinence des
plaisirs ; et, dans l’assujettissement du corps à l’esprit, il se rend délicieux l’usage
des mortifications et des peines. La philosophie ne va pas plus loin qu’à nous
apprendre à souffrir les maux. La religion chrétienne en fait jouir, et on peut dire
2sérieusement sur elle, ce que l’on a dit galamment sur l’amour :
Tous les autres plaisirs ne valent pas ses peines.
Le vrai chrétien sait se faire des ...
Œuvres mêlées
Réflexions sur la religion
1RÉFLEXIONS SUR LA RELIGION .
(1684.)
À considérer purement le repos de cette vie, il seroit avantageux que la religion eût
plus ou moins de pouvoir sur le genre humain. Elle contraint, et n’assujettit pas
assez ; semblable à certaines politiques, qui ôtent la douceur de la liberté, sans
apporter le bonheur de la sujétion. La volonté nous fait aspirer foibleinent aux biens
qui nous sont promis, pour n’être pas assez excitée par un entendement qui n’est
pas assez convaincu. Nous disons, par docilité, que nous croyons ce qu’on dit,
avec autorité, qu’il nous faut croire : mais, sans une grâce particulière, nous
sommes plus inquiétés que persuadés d’une chose qui ne tombe point sous
l’évidence des sens, et qui ne fournit aucune sorte de démonstration à notre esprit.
Voilà quel est l’effet de la religion, à l’égard des hommes ordinaires ; en voici les
avantages, pour le véritable et parfait religieux. Le véritable dévot rompt avec la
nature, si on le peut dire ainsi, pour se faire des plaisirs de l’abstinence des
plaisirs ; et, dans l’assujettissement du corps à l’esprit, il se rend délicieux l’usage
des mortifications et des peines. La philosophie ne va pas plus loin qu’à nous
apprendre à souffrir les maux. La religion chrétienne en fait jouir, et on peut dire
2sérieusement sur elle, ce que l’on a dit galamment sur l’amour :
Tous les autres plaisirs ne valent pas ses peines.
Le vrai chrétien sait se faire des ...
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