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Charles de Saint-Évremond
Œuvres mêlées
Que la dévotion est le dernier de nos amours
QUE LA DÉVOTION EST LE DERNIER DE NOS AMOURS.
(1684.)
La dévotion est le dernier de nos amours, où l’âme qui croît aspirer seulement à la
félicité de l’autre vie, cherche, sans y penser, à se faire quelque douceur nouvelle,
en celle-ci. L’habitude, dans le vice, est un vieil attachement, qui ne fournit plus que
des dégoûts ; d’où vient d’ordinaire qu’on se tourne à Dieu, par esprit de
changement, pour former, en son âme, de nouveaux désirs, et lui faire sentir les
mouvements d’une passion naissante. La dévotion fera retrouver, quelquefois, à
une vieille, des délicatesses de sentiment, et des tendresses de cœur, que les plus
jeunes n’auroient pas, dans le mariage, ou dans une galanterie usée. Une dévotion
nouvelle plaît, en tout, jusqu’à parler des vieux péchés dont on se repent : car il y a
une douceur secrète à détester ce qui en a déplu, et à rappeler ce qu’ils ont eu
d’agréable.
À bien examiner un vicieux converti, on trouvera fort souvent qu’il ne s’est défait de
son péché, que par l’ennui et le chagrin de sa vie passée. En effet, à qui voyons-
nous quitter le vice, dans le temps qu’il flatte son imagination, dans le temps qu’il se
montre avec des agréments, et qu’il fait goûter des délices ? On le quitte, lorsque
ses charmes sont usés, et qu’une habitude ennuyeuse nous a fait tomber
insensiblement dans la langueur. Ce n’est donc point ce qui plaisoit, qu’on quitte, en
changeant de ...
Œuvres mêlées
Que la dévotion est le dernier de nos amours
QUE LA DÉVOTION EST LE DERNIER DE NOS AMOURS.
(1684.)
La dévotion est le dernier de nos amours, où l’âme qui croît aspirer seulement à la
félicité de l’autre vie, cherche, sans y penser, à se faire quelque douceur nouvelle,
en celle-ci. L’habitude, dans le vice, est un vieil attachement, qui ne fournit plus que
des dégoûts ; d’où vient d’ordinaire qu’on se tourne à Dieu, par esprit de
changement, pour former, en son âme, de nouveaux désirs, et lui faire sentir les
mouvements d’une passion naissante. La dévotion fera retrouver, quelquefois, à
une vieille, des délicatesses de sentiment, et des tendresses de cœur, que les plus
jeunes n’auroient pas, dans le mariage, ou dans une galanterie usée. Une dévotion
nouvelle plaît, en tout, jusqu’à parler des vieux péchés dont on se repent : car il y a
une douceur secrète à détester ce qui en a déplu, et à rappeler ce qu’ils ont eu
d’agréable.
À bien examiner un vicieux converti, on trouvera fort souvent qu’il ne s’est défait de
son péché, que par l’ennui et le chagrin de sa vie passée. En effet, à qui voyons-
nous quitter le vice, dans le temps qu’il flatte son imagination, dans le temps qu’il se
montre avec des agréments, et qu’il fait goûter des délices ? On le quitte, lorsque
ses charmes sont usés, et qu’une habitude ennuyeuse nous a fait tomber
insensiblement dans la langueur. Ce n’est donc point ce qui plaisoit, qu’on quitte, en
changeant de ...
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