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André Lemoyne — Les CharmeusesTrois vieilles ILe prêtre avait béni l’enfant qu’on enterrait... —Trois vieilles sœurs buvaient au fond d’un cabaret.Depuis dix ans les sœurs ne s’étaient rencontréesQu’une fois ; les soleils de Paris sont trop courts :On se voit quand on peut dans la suite des jours,Comme des voyageurs des lointaines contrées ;Du faubourg Saint-Antoine au faubourg Saint-Marcel,Pour les gens de Paris la course est aussi grandeQue pour les gens de mer s’en allant d’ArkhangelAux récifs de corail de la Nouvelle-Irlande.On broute à son attache, on vit séparément,Pour se voir aux grands jours du prêtre et du notaire,Alors qu’on se marie, ou bien quand on s’enterre.Or, cette fois, c’était pour un enterrement.IILa plus haute en couleur était riche en paroles,Opulent spécimen de ces nombreuses follesQui sur le pavé gras ont largement vécu,Buvant au jour le jour jusqu’au dernier écu.Le masque rouge était comme infiltré de lie,Témoignant de l’amour banal et du gros vin.La créature avait sans doute été jolie,Mais quarante ans plus tôt, quand elle en comptait vingt.Un châle aux tons criards enveloppait la vieille,Un madras à carreaux lui pendait sur l’oreille ;C’était du vieux plaisir bourgeois et déhanché,Mais le brodequin mauve était bien attaché.Par contre, la deuxième, étant sèche, menue,Avait poussé tout droit, d’une seule venue ;Le froid visage maigre offrait les tons jaunisDes cierges qui, n’ayant jamais été bénits,Oubliés dans ...
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Français