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Victor Hugo — Les Feuilles d'automneSouvenir d'enfanceà Joseph, comte de S.Cuncta supercilio. HORACE.Dans une grande fête, un jour, au Panthéon,J'avais sept ans, je vis passer Napoléon.Pour voir cette figure illustre et solennelle,Je m'étais échappé de l'aile maternelle ;Car il tenait déjà mon esprit inquiet ;Mais ma mère aux doux yeux, qui souvent s'effrayaitEn m'entendant parler guerre, assauts et bataille,Craignait pour moi la foule, à cause de ma taille.Et ce qui me frappa, dans ma sainte terreur,Quand au front du cortège apparut l'empereur,Tandis que les enfants demandaient à leurs mèresSi c'est là ce héros dont on fait cent chimères,Ce ne fut pas de voir tout ce peuple à grand bruitLe suivre comme on suit un phare dans la nuit,Et se montrer de loin sur sa tête suprêmeCe chapeau tout usé plus beau qu'un diadème,Ni, pressés sur ses pas, dix vassaux couronnésRegarder en tremblant ses pieds éperonnés,Ni ses vieux grenadiers, se faisant violence,Des cris universels s'enivrer en silence ;Non, tandis qu'à genoux la ville tout en feu,Joyeuse comme on est lorsqu'on a qu'un seul voeu,Qu'on n'est qu'un même peuple et qu'ensemble on respireChantait en choeur : VEILLONS AU SALUT DE L'EMPIRE !Ce qui me frappa, dis-je, et me resta gravé,Même après que le cri sur sa route élevéSe fut évanoui dans ma jeune mémoire,Ce fut de voir, parmi ces fanfares de gloire,Dans le bruit qu'il faisait, cet homme souverainPasser, muet et grave, ainsi qu'un dieu ...
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