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Victor Hugo — Les ChâtimentsPauline RolandElle ne connaissait ni l'orgueil ni la haine ;Elle aimait ; elle était pauvre, simple et sereine ;Souvent le pain qui manque abrégeait son repas.Elle avait trois enfants, ce qui n'empêchait pasQu'elle ne se sentît mère de ceux qui souffrent.Les noirs évènements qui dans la nuit s'engouffrent,Les flux et les reflux, les abîmes béants,Les nains, sapant sans bruit l'ouvrage des géants,Et tous nos malfaiteurs inconnus ou célèbres,Ne l'épouvantaient point ; derrière ces ténèbres,Elle apercevait Dieu construisant l'avenir.Elle sentait sa foi sans cesse rajeunirDe la liberté sainte elle attisait les flammesElle s'inquiétait des enfants et des femmes ;Elle disait, tendant la main aux travailleurs :La vie est dure ici, mais sera bonne ailleurs.Avançons ! - Elle allait, portant de l'un à l'autreL'espérance ; c'était une espèce d'apôtreQue Dieu, sur cette terre où nous gémissons tous,Avait fait mère et femme afin qu'il fût plus doux ;L'esprit le plus farouche aimait sa voix sincère.Tendre, elle visitait, sous leur toit de misère,Tous ceux que la famine ou la douleur abat,Les malades pensifs, gisant sur leur grabat,La mansarde où languit l'indigence morose ;Quand, par hasard moins pauvre, elle avait quelque chose,Elle le partageait à tous comme une soeur ;Quand elle n'avait rien, elle donnait son coeur.Calme et grande, elle aimait comme le soleil brille.Le genre humain pour elle était une familleComme ses ...
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Français