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Jean MoréasLes StancesSociété du Mercure de France, 1905 (pp. 5-201).LE PREMIER LIVRE DES STANCESILe grain de blé nourrit et l’homme et les corbeaux,L’arbre palladien produit la douce olive,Et le triste cyprès, debout sur les tombeaux,Balance vainement une cime plaintive.Hélas ! n’as-tu point vu ta plus chère amitiéEtaler à tes yeux la face du vulgaire ?Tu ne sais pas languir et souffrir à moitié :Quand tu reprends ton cœur, c’est qu’il n’en reste guère.Que ce soit dans la ville ou près des flots amers,Au fond de la forêt ou sur le mont sinistre,Va, pars et meurs tout seul en récitant des vers :Ce sont troupeaux encor les cygnes du Caystre.IIMélancolique mer que je ne connais pas,Tu vas m’envelopper dans ta brume légère ;Sur ton sable mouillé je marquerai mes pas,Et j’oublierai soudain et la ville et la terre.O mer, ô tristes flots, saurez-vous, dans vos bruits,Qui viendront expirer sur les sables sauvages,Bercer jusqu’à la mort mon cœur, et ses ennuisQui ne se plaisent plus qu’aux beautés des naufrages ?IIIEh quoi ! peut-être aussi c’était mon naturel :Je fus doux, étant dur, et rieur, étant sombre ;Je voulus faire un dieu de tout ce temporel,Et je traîne après moi des fantômes sans nombre.L’homme mortel succombe et le sort est vainqueur.Apollon, dieu cruel, ennemi de ta race,Si tu m’as fait saigner tout le sang de mon cœur,Ce que tu châtiais, c’était ta propre audace.IVJe songe à ce village assis au bord des bois,Aux bois ...
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Français