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Leconte de Lisle — Poèmes tragiques
La Romance de don Fadrique
Enchemisé d’acier du col à la cheville,
Et le long manteau blanc de l’ordre par-dessus,
Avec dix chevaliers d’un sang très noble issus,
Don Fadrique s’en vient de Coïmbre à Séville.
Le jeune maître, né de dona Léonor,
Sur sa mule à grelots précède l’équipée,
En silence et songeur, laissant pendre l’épée
Contre ses pieds maillés et ses éperons d’or.
Don Pedro l’a mandé par lettre expresse et brève,
Pour qu’il le vienne joindre en hâte au vieux-palais,
Vu que la chose est grave et ne veut nuls délais,
Le maure, en algarade, ayant rompu la trêve.
S’il est vrai, tout est bien. Mais voici, d’autre part,
Que son dogue, très doux et très joyeux naguère,
A mordu les naseaux de son cheval de guerre,
Et hurlé de façon lamentable au départ.
Le présage est mauvais, sans conteste, et mérite
Qu’on y songe. De plus, au gué du fleuve, un soir,
En se courbant sur l’eau sombre, il a laissé choir
Hors la gaîne et perdu sa dague favorite.
En sus, le roi son frère est dangereux aux siens :
Sa merci n’est pas franche et sa haine est tenace ;
Rarement il oublie et jamais ne menace,
D’autant plus rancunier que les torts sont anciens.
Lui, Fadrique, pourtant, n’a-t-il point, pour son compte
Depuis lors, et fidèle au pardon octroyé,
Suivi de l’ordre entier, bravement guerroyé
Contre le grenadin, l’aragon et le comte ?
Sa conscience est nette, et, saint Jacques aidant,
Qu’est-ce que le danger ? Rien, pour qui le méprise.
Sans doute ...
La Romance de don Fadrique
Enchemisé d’acier du col à la cheville,
Et le long manteau blanc de l’ordre par-dessus,
Avec dix chevaliers d’un sang très noble issus,
Don Fadrique s’en vient de Coïmbre à Séville.
Le jeune maître, né de dona Léonor,
Sur sa mule à grelots précède l’équipée,
En silence et songeur, laissant pendre l’épée
Contre ses pieds maillés et ses éperons d’or.
Don Pedro l’a mandé par lettre expresse et brève,
Pour qu’il le vienne joindre en hâte au vieux-palais,
Vu que la chose est grave et ne veut nuls délais,
Le maure, en algarade, ayant rompu la trêve.
S’il est vrai, tout est bien. Mais voici, d’autre part,
Que son dogue, très doux et très joyeux naguère,
A mordu les naseaux de son cheval de guerre,
Et hurlé de façon lamentable au départ.
Le présage est mauvais, sans conteste, et mérite
Qu’on y songe. De plus, au gué du fleuve, un soir,
En se courbant sur l’eau sombre, il a laissé choir
Hors la gaîne et perdu sa dague favorite.
En sus, le roi son frère est dangereux aux siens :
Sa merci n’est pas franche et sa haine est tenace ;
Rarement il oublie et jamais ne menace,
D’autant plus rancunier que les torts sont anciens.
Lui, Fadrique, pourtant, n’a-t-il point, pour son compte
Depuis lors, et fidèle au pardon octroyé,
Suivi de l’ordre entier, bravement guerroyé
Contre le grenadin, l’aragon et le comte ?
Sa conscience est nette, et, saint Jacques aidant,
Qu’est-ce que le danger ? Rien, pour qui le méprise.
Sans doute ...
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