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Le FrissonFantaisie riméeHenry Becque1884LE FRISSONIVivent les mots nouveaux de l’École nouvelle !Vivent ces jolis mots, brillants et savoureux,Qui ne méritent pas qu’on leur cherche querelle :Ils font si peu de mal et sont si peu nombreux.Qu’est-ce que quatre mots que l’on irait combattre ?La vieille langue est-elle en danger de finir ?Leur grand tort justement c’est de n’être que quatre,Et, si connus déjà, de toujours revenir.Et puis il faut compter avec nos modernistes,Fins, subtils, nuancés, raffinés, aiguisés,Qui ne feront jamais un métier de copistes,Et veulent que les mots aussi soient névrosés.Ensoleillé, je crois, est le premier en date,Les fidèles se l’ont passé de main en main ;On était tout porté pour assoiffé qui flatte,Et la buée a fait un énorme chemin.Laurer ne va pas mal. Nimber prend de l’avance.On dit auréoler aussi négligemment.Envolement n’a pas le coup d’aile qu’on pense ;On peut se contenter pourtant d’envolement.Ah ! troublant, par exemple, a satisfait les âmes ;Il était attendu dans ce siècle du cœur.Ciel troublant ! Vers troublants ! Et les femmes, les femmesSont troublantes, avec un petit air moqueur.Ce troublant, l’avouerai-je, a réussi si viteQu’il devient assommant, on en est hébété ;On l’entend au Palais, aux courses, en visite,Sarcey même l’emploie avec autorité.J’aime mieux décadent, qui baisse encor la tête,Qu’on pousse avec regret ; qu’on pousse cependant ;Décadent est charmant. À bientôt ...
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