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Casimir Delavigne — Les Messéniennes
LIVRE TROISIÈME
Le Départ
A bord de la Madone,
Que la brise des mers te porte mes adieux,
O France, je te quitte ; adieu, France chérie !
Adieu, doux ciel natal, terre où j'ouvris les yeux !
[1]Adieu, patrie ! adieu, patrie !
Il tombe, ce mistral, dont le souffle glacé
M'enchaînait dans le port de l'antique Marseille ;
Mon brick napolitain, qui sommeillait la veille
Sur cette onde captive où les vents l'ont bercé,
Aux cris qui frappent mon oreille
Sous ses agrès tremblants s'émeut, frémit, s'éveille,
Et loin du port s'est élancé.
O toi, des Phocéens brillante colonie,
Adieu, Marseille, adieu ! Je vois blanchir tes forts.
Puisses-tu féconder, par de constants efforts,
Les germes de vertu, de valeur, de génie,
Dont les Grecs tes aïeux vinrent semer tes bords.
Que la mer te soit douce, et que le ciel prospère
Regarde avec amour tes opulents remparts !
O fille de la Grèce, encore adieu, je pars ;
Sois plus heureuse que ta mère !
Je les brave, tes flots, je ris de leur courroux :
J'aime à sentir dans l'air leur mordante amertume ;
Ils viennent, et de loin soulevant leur écume,
A la proue élancés, ils bondissent vers nous.
Mais, tels que des lions dont la fureur avide
Sous une main connue expire en rugissant,
Je les vois caresser le voile blanchissant
De la Madone qui nous guide,
Lorsque son bras doré, sur leur dos s'abaissant,
Joue avec leur crinière humide.
Courage, mon vaisseau ! double ce cap lointain ;
Penche-toi sur les mers ; que ...
LIVRE TROISIÈME
Le Départ
A bord de la Madone,
Que la brise des mers te porte mes adieux,
O France, je te quitte ; adieu, France chérie !
Adieu, doux ciel natal, terre où j'ouvris les yeux !
[1]Adieu, patrie ! adieu, patrie !
Il tombe, ce mistral, dont le souffle glacé
M'enchaînait dans le port de l'antique Marseille ;
Mon brick napolitain, qui sommeillait la veille
Sur cette onde captive où les vents l'ont bercé,
Aux cris qui frappent mon oreille
Sous ses agrès tremblants s'émeut, frémit, s'éveille,
Et loin du port s'est élancé.
O toi, des Phocéens brillante colonie,
Adieu, Marseille, adieu ! Je vois blanchir tes forts.
Puisses-tu féconder, par de constants efforts,
Les germes de vertu, de valeur, de génie,
Dont les Grecs tes aïeux vinrent semer tes bords.
Que la mer te soit douce, et que le ciel prospère
Regarde avec amour tes opulents remparts !
O fille de la Grèce, encore adieu, je pars ;
Sois plus heureuse que ta mère !
Je les brave, tes flots, je ris de leur courroux :
J'aime à sentir dans l'air leur mordante amertume ;
Ils viennent, et de loin soulevant leur écume,
A la proue élancés, ils bondissent vers nous.
Mais, tels que des lions dont la fureur avide
Sous une main connue expire en rugissant,
Je les vois caresser le voile blanchissant
De la Madone qui nous guide,
Lorsque son bras doré, sur leur dos s'abaissant,
Joue avec leur crinière humide.
Courage, mon vaisseau ! double ce cap lointain ;
Penche-toi sur les mers ; que ...
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