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À mes frères aînés, écoliers éblouis,Ce qui suit fut conté par mon oncle Louis,Qui me disait à moi, de sa voix la plus tendre :— Joue, enfant ! — me jugeant trop petit pour comprendre.J'écoutais cependant, et mon oncle disait :— Une bataille, bah ! savez-vous ce que c'est ?De la fumée. À l'aube on se lève, à la bruneOn se couche ; et je vais vous en raconter une.Cette bataille-là se nomme Eylau ; je croisQue j'étais capitaine et que j'avais la croix ;Oui, j'étais capitaine. Après tout, à la guerre,Un homme, c'est de l'ombre, et ça ne compte guère,Et ce n'est pas de moi qu'il s'agit. Donc, EylauC'est un pays en Prusse ; un bois, des champs, de l'eau,De la glace, et partout l'hiver et la bruine.Le régiment campa près d'un mur en ruine ;On voyait des tombeaux autour d'un vieux clocher.Bénigssen ne savait qu'une chose, approcherEt fuir ; mais l'empereur dédaignait ce manége.Et les plaines étaient toutes blanches de neige.Napoléon passa, sa lorgnette à la main.Les grenadiers disaient : Ce sera pour demain.Des vieillards, des enfants pieds nus, des femmes grossesSe sauvaient ; je songeais ; je regardais les fosses.Le soir on fit les feux, et le colonel vint,Il dit : — Hugo ? — Présent. — Combien d'hommes ? — Cent-vingt.— Bien. Prenez avec vous la compagnie entière,Et faites-vous tuer. — Où ? — Dans le cimetière.Et je lui répondis : — C'est en effet l'endroit.J'avais ma gourde, il but et je bus ; un vent froidSoufflait. Il dit : — La mort n'est ...
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Français