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Marceline Desbordes-Valmore — Mélanges et Fragments
La Vallée de la Scarpe
Mon beau pays, mon frais berceau,
Air pur de ma verte contrée,
Lieux où mon enfance ignorée
Coulait comme un humble ruisseau :
S’il me reste des jours, m’en irai-je, attendrie,
Errer sur vos chemins qui jettent tant de fleurs ;
Replonger tous mes ans dans une rêverie
Où l’âme n’entend plus que ce seul mot : « Patrie ! »
Et ne répond que par des pleurs ?
Ciel ! ... un peu de ma vie ira-t-elle, paisible,
Se perdre sur la Scarpe au cristal argenté ?
Cette eau qui m’a portée, innocente et sensible,
Frémira-t-elle un jour sous mon sort agité ?
Entendrai-je au rivage encor cette harmonie,
Ce bruit de l’univers, cette voix infinie,
Qui parlait sur ma tête et chantait à la fois
Comme un peuple lointain répondant à ma voix ?
Quand le dernier rayon d’un jour qui va s’éteindre
Colore l’eau qui tremble et qui porte au sommeil,
Ô mon premier miroir ! ô mon plus doux soleil !
Je vous vois ... et jamais je ne peux vous atteindre !
Mais cette heure était belle, et belle sa couleur :
Dans son doux souvenir un moment reposée,
Elle passe à mon âme ainsi que la rosée
Passe au fond d’une fleur.
D’un repentir qui dort elle suspend la chaîne ;
Pour la goûter en paix le temps se meut à peine ;
Non, ce n’est pas la nuit, non, ce n’est pas le jour :
C’est une douce fée, et je la nomme : « Amour ! »
C’est l’heure où l’âme, en vain détrompée et flétrie,
Rappelle en ...
La Vallée de la Scarpe
Mon beau pays, mon frais berceau,
Air pur de ma verte contrée,
Lieux où mon enfance ignorée
Coulait comme un humble ruisseau :
S’il me reste des jours, m’en irai-je, attendrie,
Errer sur vos chemins qui jettent tant de fleurs ;
Replonger tous mes ans dans une rêverie
Où l’âme n’entend plus que ce seul mot : « Patrie ! »
Et ne répond que par des pleurs ?
Ciel ! ... un peu de ma vie ira-t-elle, paisible,
Se perdre sur la Scarpe au cristal argenté ?
Cette eau qui m’a portée, innocente et sensible,
Frémira-t-elle un jour sous mon sort agité ?
Entendrai-je au rivage encor cette harmonie,
Ce bruit de l’univers, cette voix infinie,
Qui parlait sur ma tête et chantait à la fois
Comme un peuple lointain répondant à ma voix ?
Quand le dernier rayon d’un jour qui va s’éteindre
Colore l’eau qui tremble et qui porte au sommeil,
Ô mon premier miroir ! ô mon plus doux soleil !
Je vous vois ... et jamais je ne peux vous atteindre !
Mais cette heure était belle, et belle sa couleur :
Dans son doux souvenir un moment reposée,
Elle passe à mon âme ainsi que la rosée
Passe au fond d’une fleur.
D’un repentir qui dort elle suspend la chaîne ;
Pour la goûter en paix le temps se meut à peine ;
Non, ce n’est pas la nuit, non, ce n’est pas le jour :
C’est une douce fée, et je la nomme : « Amour ! »
C’est l’heure où l’âme, en vain détrompée et flétrie,
Rappelle en ...
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