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Victor Hugo — Les Rayons et les ombresLa Statue XXXVI Il semblait grelotter, car la bise était dure. C'était, sous un amas de rameaux sans verdure, Une pauvre statue, au dos noir, au pied vert, Un vieux faune isolé dans le vieux parc désert, Qui, de son front penché touchant aux branches d'arbre, Se perdait à mi-corps dans sa gaine de marbre. Il était là, pensif, à la terre lié, Et, comme toute chose immobile, - oublié ! Des arbres l'entouraient, fouettés d'un vent de glace, Et comme lui vieillis à cette même place ; Des marronniers géants, sans feuilles, sans oiseaux Sous leurs tailles brouillés en ténébreux réseaux, Pâle, il apparaissait, et la terre était brune. Une âpre nuit d'hiver, sans étoile et sans lune, Tombait à larges pans dans le brouillard diffus. D'autres arbres plus loin croisaient leurs sombres fûts ; Plus loin d'autre encore, estompés par l'espace, Poussaient dans le ciel gris où le vent du soir passe Mille petits rameaux noirs, tordus et mêlés, Et se posaient partout, l'un par l'autre voilés, Sur l'horizon, perdu dans les vapeurs informes, Comme un grand troupeau roux de hérissons énormes. Rien de plus. Ce vieux faune, un ciel morne, un bois noir. Peut-être dans la brume au loin pouvait-on voir Quelque longue terrasse aux verdâtres assises, Ou, près d'un grand bassin, des nymphes indécises, Honteuses à bon droit dans ce parc aboli, Autrefois des regards, maintenant de l'oubli. Le vieux faune riait. - ...
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