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15
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Français
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Description
Leconte de Lisle
La Passion
Derniers Poèmes, Alphonse Lemerre, éditeur, 1895 (pp. 163-210).
LA PASSION
POÈME
À ma Mère.
GETHSÉMANI
Jésus au Jardin des Oliviers.
La nuit envahissait le Temple jusqu’au faîte.
Par delà le torrent où but le Roi-Prophète,
Sur la montagne, aux flancs de ronce et de graviers,
Les Onze étaient couchés sous les noirs oliviers.
Et tandis qu’ils dormaient, chargés de lassitude,
Un sanglot surhumain troubla la solitude ;
Et nul ne l’entendit parmi ceux qui vivaient ;
Et des larmes de sang sur la terre pleuvaient,
Comme aux jours disparusses prodiges antiques
Où s’agitaient des morts tes muettes reliques.
Et l’homme, sans mourir, n’aurait point écouté
Ce cri de désespoir dans l’espace emporté,
Car c’était un sanglot de l’angoisse infinie,
C’était Dieu qui suait sa sueur d’agonie !
Vous l’entendîtes seuls, Anges des cieux venus !
Vos yeux, brûlants de pleurs jusqu’alors inconnus,
Pour consoler au moins sa détresse sublime,
Versaient leur pitié sainte à la grande Victime ;
Et toi, Gethsémani, qui dois fleurir un jour,
Aux soupirs de ton Dieu tu tressaillais d’amour !
Enveloppé d’un pan de sa robe grossière,
Il s’agite et frémit, le front dans la poussière.
Ses longs cheveux épars, où palpitent encor
Quelques mornes reflets de l’auréole d’or,
Traînent confusément, pleins de fange et de sable.
Il sent gémir en lui la race périssable :
Tous les siècles éteints renaissent sous ses yeux ;
Et, criant à travers le silence des cieux,
Les flots du sang versé, ...
La Passion
Derniers Poèmes, Alphonse Lemerre, éditeur, 1895 (pp. 163-210).
LA PASSION
POÈME
À ma Mère.
GETHSÉMANI
Jésus au Jardin des Oliviers.
La nuit envahissait le Temple jusqu’au faîte.
Par delà le torrent où but le Roi-Prophète,
Sur la montagne, aux flancs de ronce et de graviers,
Les Onze étaient couchés sous les noirs oliviers.
Et tandis qu’ils dormaient, chargés de lassitude,
Un sanglot surhumain troubla la solitude ;
Et nul ne l’entendit parmi ceux qui vivaient ;
Et des larmes de sang sur la terre pleuvaient,
Comme aux jours disparusses prodiges antiques
Où s’agitaient des morts tes muettes reliques.
Et l’homme, sans mourir, n’aurait point écouté
Ce cri de désespoir dans l’espace emporté,
Car c’était un sanglot de l’angoisse infinie,
C’était Dieu qui suait sa sueur d’agonie !
Vous l’entendîtes seuls, Anges des cieux venus !
Vos yeux, brûlants de pleurs jusqu’alors inconnus,
Pour consoler au moins sa détresse sublime,
Versaient leur pitié sainte à la grande Victime ;
Et toi, Gethsémani, qui dois fleurir un jour,
Aux soupirs de ton Dieu tu tressaillais d’amour !
Enveloppé d’un pan de sa robe grossière,
Il s’agite et frémit, le front dans la poussière.
Ses longs cheveux épars, où palpitent encor
Quelques mornes reflets de l’auréole d’or,
Traînent confusément, pleins de fange et de sable.
Il sent gémir en lui la race périssable :
Tous les siècles éteints renaissent sous ses yeux ;
Et, criant à travers le silence des cieux,
Les flots du sang versé, ...
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