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Variétés historiques et littéraires, Tome X
La nouvelle manière de faire son profit des Lettres, traduitte en françois par J. Quintil du Tronssay, en Poictou. Ensemble :
le Poëte-Courtisan..
Joachim du Bellay
1559
La nouvelle manière de faire son profit des Lettres, traduitte en
1françois par J. Quintil du Tronssay, en Poictou .
Ensemble : le Poëte-Courtisan.
À Poictiers.
1559. — In-8º.
Moy à Toy.
Salut.
Quant à ce que tes vers frissonnent de froidure,
Que tes labeurs sont vains, et que pour ta pasture
À grand’peine tu as un morceau de gros pain,
Voire de pain moisi, pour appaiser ta faim ;
Que ton vuide estomac abboye, et ta gencive
Demeure sans mascher le plus souvent oysive,
Comme si le jeusner exprès te feust enjoinct
2Par les Juifs retaillez ; que tu es mal en poinct,
Mal vestu, mal couché : Amy, ne pren la peine
De faire désormais ceste complainte vaine.
Tu sçais faire des vers, mais tu n’as le sçavoir
De pouvoir par ton chant les hommes decevoir :
Car le dieu Apollon avec le dieu Mercure
S’assemble, ou autrement de ses vers on n’a cure.
Mercure, par finesse et par enchantement,
Dedans les cueurs humains glisse secrètement ;
Il glisse dans les cueurs, il trompe la personne,
Et d’un parler flatteur les ames empoisonne :
Avec tel truchement peut le dieu Délien
Possible quelque chose, autrement ne peut rien.
Celuy qui de Mercure a la science apprise,
En cygne d’Apollon bien souvent se deguise ;
Encore que le brait d’un asne, ou la chanson
3D’une importune rane ait ...
La nouvelle manière de faire son profit des Lettres, traduitte en françois par J. Quintil du Tronssay, en Poictou. Ensemble :
le Poëte-Courtisan..
Joachim du Bellay
1559
La nouvelle manière de faire son profit des Lettres, traduitte en
1françois par J. Quintil du Tronssay, en Poictou .
Ensemble : le Poëte-Courtisan.
À Poictiers.
1559. — In-8º.
Moy à Toy.
Salut.
Quant à ce que tes vers frissonnent de froidure,
Que tes labeurs sont vains, et que pour ta pasture
À grand’peine tu as un morceau de gros pain,
Voire de pain moisi, pour appaiser ta faim ;
Que ton vuide estomac abboye, et ta gencive
Demeure sans mascher le plus souvent oysive,
Comme si le jeusner exprès te feust enjoinct
2Par les Juifs retaillez ; que tu es mal en poinct,
Mal vestu, mal couché : Amy, ne pren la peine
De faire désormais ceste complainte vaine.
Tu sçais faire des vers, mais tu n’as le sçavoir
De pouvoir par ton chant les hommes decevoir :
Car le dieu Apollon avec le dieu Mercure
S’assemble, ou autrement de ses vers on n’a cure.
Mercure, par finesse et par enchantement,
Dedans les cueurs humains glisse secrètement ;
Il glisse dans les cueurs, il trompe la personne,
Et d’un parler flatteur les ames empoisonne :
Avec tel truchement peut le dieu Délien
Possible quelque chose, autrement ne peut rien.
Celuy qui de Mercure a la science apprise,
En cygne d’Apollon bien souvent se deguise ;
Encore que le brait d’un asne, ou la chanson
3D’une importune rane ait ...
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