-
3
pages
-
Français
-
Documents
Description
François Fabié — Fleurs de genêtsLa Mort de la fermière Oh ! je vois tout d’ici, frère, à travers ta lettre :Notre moulin muet, l’étang glacé, les boisBlancs de givre et de neige et craquant sous le poids,Et les moineaux plaintifs assiégeant la fenêtre ;Et vous tous entourant le lit où, sans effort,― Calme et les bras croisés sur sa poitrine frêleD’où l’âme va s’enfuir et déjà bat de l’aile, ―Notre mère se meurt de l’air dont où s’endort.Un cierge éclaire tout de lueurs vacillantes,Et chacun pleure, – hors la martyre au grand coeur,Dont l’esprit affranchi du corps plane en vainqueur,Et dont l’oeil entrevoit des clartés consolantes...Un grand chien blanc soupire, accroupi dans un coin,Comme s’il entendait venir la mort furtive ;Et l’horloge de bois, sentinelle attentive,Mesure les instants et les compte avec soin.Et ma mère vous dit les dernières paroles,Celles qu’on garde en soi comme on garde un trésor,Et que la majesté farouche de la mortRend sublimes aux coeurs même les plus frivoles.Puis tout se tait. Le drap immobile est moins blancQue la face amaigrie et que les mains fluettes ;Un sourire s’épand sur les lèvres muettes ;Elle paraît dormir sous le cierge tremblant...* * *À présent on entend les cloches désoléesCouper à temps égaux le silence des airs,Et porter jusqu’au fond des mas les plus désertsLeurs plaintes, à la voix de la bise mêlées.Sous le vaste hangar où, jadis, nuit et jour,La scierie à grand bruit débitait troncs et ...
-
Publié par
-
Langue
Français