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Anatole France — Le Parnasse contemporain, IILa Danse des mortsDans les siècles de foi, surtout dans les derniers,La grand'danse macabre était fréquemment peinteAu vélin des missels comme aux murs des charniers.Je crois que cette image édifiante et sainteMettait un peu d'espoir au fond du désespoir,Et que les pauvres gens la regardaient sans crainte.Ce n'est pas que la mort leur fût douce à prévoir ;Dieu régnait dans le ciel et le roi sur la terre :Pour eux mourir, c'était passer du gris au noir.Mais le maître imagier qui, d'une touche austère,Peignait ce simulacre, à genoux et priant,Moine, y savait souffler la paix du monastère.Sous les pas des danseurs on voit l'enfer béant :Le branle d'un squelette et d'un vif sur un gouffre,C'est bien affreux, mais moins pourtant que le néant.On croit en regardant qu'on avale du soufre,Et c'est pitié de voir s'abîmer sans retourSous la chair qui se tord la pauvre âme qui souffre.Oui, mais dans cette nuit étalée au grand jourOn sent l'élan commun de la pensée humaine,On sent la foi profonde. — Et la foi, c'est l'amour !C'est là, c'est cet amour triste qui rassérène.Les mourants sont pensifs, mais ne se plaignent pas,Et la troupe est très-douce à la Mort qui la mène.On se tient en bon ordre et l'on marche au compas ;Une musique un peu faible et presque câlineMarque discrètement et dolemment le pas :Un squelette est debout pinçant la mandoline,Et, comme un amoureux, sous son large chapeau,Cache son front ...
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Français