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Victor Hugo — Les ChâtimentsL'Egout de RomeVoici le trou, voici l'échelle. Descendez. Tandis qu'au corps de garde en face on joue aux dés En riant sous le nez des matrones bourrues, Laissez le crieur rauque, assourdissant les rues, Proclamer le numide ou le dace aux abois, Et, groupés sous l'auvent des échoppes de bois, Les savetiers romains et les marchandes d'herbes De la Minerve étrusque échanger les proverbes ; Descendez. Vous voilà dans un lieu monstrueux. Enfer d'ombre et de boue aux porches tortueux, Où les murs ont la lèpre, où, parmi les pustules, Glissent les scorpions mêlés aux tarentules. Morne abîme ! Au-dessus de ce plafond fangeux, Dans les cieux, dans le cirque immense et plein de jeux, Sur les pavés sabins, dallages centenaires, Roulent les chars, les bruits, les vents et les tonnerres ; Le peuple gronde ou rit dans le forum sacré ; Le navire d'Ostie au port est amarré, L'arc triomphal rayonne, et sur la borne agraire Tettent, nus et divins, Rémus avec son frère Romulus, louveteaux de la louve d'airain ; Non loin, le fleuve Tibre épand son flot serein, Et la vache au flanc roux y vient boire, et les buffles Laissent en fils d'argent l'eau tomber de leurs mufles. Le hideux souterrain s'étend dans tous les sens ; Il ouvre par endroits sous les pieds des passants Ses soupiraux infects et flairés par les truies ; Cette cave se change en fleuve au temps des pluies Vers midi, tout au bord du ...
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