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Leconte de Lisle — Poèmes tragiquesHiéronymus Vêtus de bure blanche et de noirs scapulaires,Cent moines sont assis aux bancs capitulaires.Ayant psalmodié l’angelus dominiEt clos les lourds missels sous le vélin jauni,Sans plus mouvoir la lèvre et cligner la paupièreQue les saints étirés dans les retraits de pierre,Impassibles comme eux, ils attendent, les brasEn croix. La cire flambe et sur leurs crânes rasProlonge des lueurs funèbres. La grand’salleEst muette. Érigeant sa forme colossale,Un maigre Christ, cloué contre le mur, au fond,Touche de ses deux poings les poutres du plafondEt surplombe la chaire abbatiale, où siège,Avec sa tête osseuse et sa barbe de neige,Ascétique, les mains jointes, le dos courbé,Hiéronymus, le vieil et révérend Abbé.En face, seul, debout, sans cape ni sandales,Et du sang de ses pieds tachant les froides dalles,Un autre moine est là, silencieux aussi.Œil dardé devant soi, bien loin de ce lieu-ci,Au travers de ces murs massifs son âme plongeDans le ravissement d’un mystérieux songe ;Un sourire furtif fait reluire ses dents ;Mais il reste immobile et les deux bras pendants,Dédaigneux du pardon ou de la peine atroce.Enfin, l’homme sacré par la mitre et la crosse,Qui peut remettre aux mains de son proche héritierDix mille manants, serfs de glèbe ou de métier,Plein droit de pendaison sur ces engeances viles,Droit d’anathème et droit d’interdit sur deux villes,Et devant qui bourgeois et séculiers jalouxEt barons ...
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Français