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Alfred de Vigny — Poèmes antiques et modernesÉloa, ou la sœur des AngesMystèreCHANT DEUXIÈMES é d u c t i o n Souvent parmi les monts qui dominent la terreS'ouvre un puits naturel, profond et solitaire ;L'eau qui tombe du ciel s'y garde, obscur miroirOù, dans le jour, on voit les étoiles du soir.Là, quand la villageoise a, sous la corde agile,De l'urne, au fond des eaux, plongé la frêle argile,Elle y demeure oisive, et contemple longtempsCe magique tableau des astres éclatants,Qui semble orner son front, dans l'onde souterraine,D'un bandeau qu'enviraient les cheveux d'une reine.Telle, au fond du chaos qu'observaient ses beaux yeux,La vierge, en se penchant, croyait voir d'autres Cieux.Ses regards, éblouis par les soleils sans nombre,N'apercevaient d'abord qu'un abîme et que l'ombre.Mais elle y vit bientôt des feux errants et bleusTels que des froids marais les éclairs onduleux ;Ils fuyaient, revenaient, puis échappaient encore ;Chaque étoile semblait poursuivre un météore ;Et l'ange, en souriant au spectacle étranger,Suivait des yeux leur vol circulaire et léger.Bientôt il lui sembla qu'une pure harmonieSortait de chaque flamme à l'autre flamme unie :Tel est le choc plaintif et le son vague et clairDes cristaux suspendus au passage de l'air,Pour que, dans son palais, la jeune ItalienneS'endorme en écoutant la harpe éolienne.Ce bruit lointain devint un chant surnaturelQui parut s'approcher de la fille du Ciel ;Et ces feux réunis furent ...
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