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Victor Hugo — Les Voix intérieuresÀ Eugène Vicomte H. XXIXPuisqu'il plut au Seigneur de te briser, poète;Puisqu'il plut au Seigneur de comprimer ta têteDe son doigt souverain,D'en faire une urne sainte à contenir l'extase,D'y mettre le génie, et de sceller ce vaseAvec un sceau d'airain;Puisque le Seigneur Dieu t'accorda, noir mystère!Un puits pour ne point boire, une voix pour te taire,Et souffla sur ton front,Et, comme une nacelle errante et d'eau remplie,Fit rouler ton esprit à travers la folie,Cet océan sans fond;Puisqu'il voulut ta chute, et que la mort glacée,Seule, te fît revivre en rouvrant ta penséePour un autre horizon; Puisque Dieu, t'enfermant dans la cage charnelle,Pauvre aigle, te donna l'aile et non la prunelle,L'âme et non la raison;Tu pars du moins, mon frère, avec ta robe blanche!Tu retournes à Dieu comme l'eau qui s'épanchePar son poids naturel!Tu retournes à Dieu, tête de candeur pleine,Comme y va la lumière, et comme y va l'haleineQui des fleurs monte au ciel!Tu n'as rien dit de mal, tu n'as rien fait d'étrange.Comme une vierge meurt, comme s'envole un ange,Jeune homme, tu t'en vas!Rien n'a souillé ta main ni ton coeur; dans ce mondeOù chacun court, se hâte, se forge, et crie, et gronde,A peine tu rêvas!Comme le diamant, quant le feu le vient prendre,Disparaît tout entier, et sans laisser de cendre,Au regard ébloui,Comme un rayon s'enfuit sans rien jeter de sombre,Sur la terre après toi ...
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