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Description
Charles de Saint-Évremond
Œuvres mêlées
Observations sur le goût et le discernement des François
OBSERVATIONS SUR LE GOÛT ET LE DISCERNEMENT
DES FRANÇOIS.
(1683.)
Quoique le génie ordinaire des François paroisse assez médiocre, il est certain
que ceux qui se distinguent parmi nous, sont capables de produire les plus belles
choses : mais quand ils savent les faire, nous ne savons pas les estimer ; et si nous
avons rendu justice à quelque excellent ouvrage, notre légèreté ne le laisse pas
jouir longtemps de la réputation que nous lui avons donnée. Je ne m’étonne point
que le bon goût ne se trouve pas, en des lieux où règne la barbarie ; et qu’il n’y ait
point de discernement, où les lettres, les arts et les disciplines sont perdus. Il seroit
ridicule aussi de chercher une lumière si exquise en certains temps d’imbécillité et
d’ignorance : mais ce qui est étonnant, c’est de voir, dans la cour la mieux polie, le
bon et le mauvais goût, le vrai et le faux esprit, être tour à tour à la mode, comme
les habits.
J’ai vu des gens considérables passer tantôt pour les ornements de la cour, et
tantôt être traités de ridicules ; revenir à l’approbation, retomber dans le mépris,
sans qu’il y eût aucun changement ni en leur personne, ni en leur conduite. Un
homme se retire chez lui, avec l’approbation de tout le monde, qui se trouve le
lendemain un sujet de raillerie, sans savoir ce que peut être devenue l’opinion qu’on
avoit de son mérite. La raison en est qu’on juge rarement des ...
Œuvres mêlées
Observations sur le goût et le discernement des François
OBSERVATIONS SUR LE GOÛT ET LE DISCERNEMENT
DES FRANÇOIS.
(1683.)
Quoique le génie ordinaire des François paroisse assez médiocre, il est certain
que ceux qui se distinguent parmi nous, sont capables de produire les plus belles
choses : mais quand ils savent les faire, nous ne savons pas les estimer ; et si nous
avons rendu justice à quelque excellent ouvrage, notre légèreté ne le laisse pas
jouir longtemps de la réputation que nous lui avons donnée. Je ne m’étonne point
que le bon goût ne se trouve pas, en des lieux où règne la barbarie ; et qu’il n’y ait
point de discernement, où les lettres, les arts et les disciplines sont perdus. Il seroit
ridicule aussi de chercher une lumière si exquise en certains temps d’imbécillité et
d’ignorance : mais ce qui est étonnant, c’est de voir, dans la cour la mieux polie, le
bon et le mauvais goût, le vrai et le faux esprit, être tour à tour à la mode, comme
les habits.
J’ai vu des gens considérables passer tantôt pour les ornements de la cour, et
tantôt être traités de ridicules ; revenir à l’approbation, retomber dans le mépris,
sans qu’il y eût aucun changement ni en leur personne, ni en leur conduite. Un
homme se retire chez lui, avec l’approbation de tout le monde, qui se trouve le
lendemain un sujet de raillerie, sans savoir ce que peut être devenue l’opinion qu’on
avoit de son mérite. La raison en est qu’on juge rarement des ...
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