-
3
pages
-
Français
-
Documents
Description
Charles de Saint-Évremond
Œuvres mêlées
Observations sur la maxime, qu’il faut mépriser la fortune, et ne se point soucier de la cour
OBSERVATIONS SUR LA MAXIME, QU’IL FAUT MÉPRISER
LA FORTUNE, ET NE SE POINT SOUCIER DE LA COUR.
1(1647 .)
2Il est plus difficile de persuader cette maxime-ci, que les autres . Ceux qui reçoivent
des grâces, ceux même qui n’ont que de simples prétentions, se moquent d’un
sentiment si contraire au leur.
J’avoue qu’il y a de la peine à se persuader que des gens raisonnables aient voulu
rendre cette opimon-là universelle. Je pense qu’ils n’ont eu d’autre dessein que de
parler aux malheureux, pour guérir des esprits malades d’une inquiétude qui ne sert
de rien. En ce cas-là, je ne saurois les condamner. S’il est permis d’appeler une
maîtresse ingrate et cruelle, quand on l’a servie sans aucun fruit ; à plus forte raison,
ceux qui croient avoir reçu des outrages de la fortune, ont droit de la quitter, et de
chercher loin d’elle un repos qui leur tienne lieu des biens qu’elle leur refuse. Quel
tort lui fait-on de lui rendre mépris pour mépris ? Je ne trouve donc pas étrange
qu’un honnête homme méprise la cour ; mais je trouve ridicule qu’il veuille se faire
honneur de la mépriser.
Il y en a d’autres qui ne me déplaisent pas moins : des gens qui ne peuvent quitter
la cour, et se chagrinent de tout ce qui s’y passe ; qui s’intéressent dans la disgrâce
des personnes les plus indifférentes, et qui trouvent à redire à l’élévation de leurs
propres amis. ...
Œuvres mêlées
Observations sur la maxime, qu’il faut mépriser la fortune, et ne se point soucier de la cour
OBSERVATIONS SUR LA MAXIME, QU’IL FAUT MÉPRISER
LA FORTUNE, ET NE SE POINT SOUCIER DE LA COUR.
1(1647 .)
2Il est plus difficile de persuader cette maxime-ci, que les autres . Ceux qui reçoivent
des grâces, ceux même qui n’ont que de simples prétentions, se moquent d’un
sentiment si contraire au leur.
J’avoue qu’il y a de la peine à se persuader que des gens raisonnables aient voulu
rendre cette opimon-là universelle. Je pense qu’ils n’ont eu d’autre dessein que de
parler aux malheureux, pour guérir des esprits malades d’une inquiétude qui ne sert
de rien. En ce cas-là, je ne saurois les condamner. S’il est permis d’appeler une
maîtresse ingrate et cruelle, quand on l’a servie sans aucun fruit ; à plus forte raison,
ceux qui croient avoir reçu des outrages de la fortune, ont droit de la quitter, et de
chercher loin d’elle un repos qui leur tienne lieu des biens qu’elle leur refuse. Quel
tort lui fait-on de lui rendre mépris pour mépris ? Je ne trouve donc pas étrange
qu’un honnête homme méprise la cour ; mais je trouve ridicule qu’il veuille se faire
honneur de la mépriser.
Il y en a d’autres qui ne me déplaisent pas moins : des gens qui ne peuvent quitter
la cour, et se chagrinent de tout ce qui s’y passe ; qui s’intéressent dans la disgrâce
des personnes les plus indifférentes, et qui trouvent à redire à l’élévation de leurs
propres amis. ...
-
Publié par
-
Langue
Français