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Mon père et moi,dialogueDenis DiderotMON PÈRE ET MOIJ’ai perdu ma mère à l’âge de quinze ans. Mon père se chargea seul de monéducation. Je l’aimais tendrement, et je mis toute mon application à répondre à sessoins. Il était commandant de sa province. Il était à son aise, et passait pour très-riche, parce qu’il tenait un grand état, et qu’il faisait beaucoup d’aumônes. J’avaisété bercée par des mies d’idées de grande fortune, et je m’ennuyais souvent del’économie que me prêchait mon père. Un jour que j’en avais plus d’humeur qu’àl’ordinaire, j’eus avec lui une conversation que je n’ai jamais oubliée. Il y alongtemps que je me propose de la mettre par écrit, parce qu’elle pourra être utileaux jeunes personnes qui se feraient sur la richesse, comme moi, des idéesfausses. Voici à peu près ce qui fut dit entre nous.moi.Je ne saurais souffrir qu’on méprise la richesse. Il faut être bien mal né pour ne pasenvier tout le bien qu’elle met à portée de faire.mon père.Dis plutôt, mon enfant, qu’il faut être bien vain pour n’en pas redouter les dangers.moi.Je vous assure, mon père, que je n’en suis nullement alarmée. Qu’importe qu’on aitdes fantaisies lorsqu’on a de quoi les satisfaire ?mon père.Puisse l’expérience, ma fille, ne vous jamais apprendre qu’une fantaisie satisfaiteen amène dix autres, et que le moindre inconvénient des richesses est à la longuel’impossibilité de satisfaire aux besoins réels pour avoir trop cédé aux superfluités.moi.Vous ne me ...
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