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Charles de Saint-ÉvremondŒuvres mêléesMaxime : qu’on ne doit jamais manquer à ses amis1MAXIME : QU’ON NE DOIT JAMAIS MANQUER À SES AMIS .(1647.)Cette maxime est généralement approuvée : l’ami le plus foible et le plus ferme,l’ingrat et le reconnoissant, tiennent le même langage. Néanmoins il en est peu quipratiquent ce qu’ils disent. S’agit-il de raisonner de la reconnoissance d’unbienfait ? mille gens raffinent sur les discours de Sénèque. Est-il question des’acquitter envers le bienfaiteur ? personne n’avoue franchement la dette, et neconvient du prix du bienfait. Celui qui a donné grossit les objets ; celui qui a reçu,les diminue. Le monde est plein de fanfarons et d’hypocrites en amitié…Cependant il est certain que l’amitié est un commerce ; le trafic en doit être2honnête : mais enfin c’est un trafic . Celui qui y a mis le plus, en doit le plus retirer : iln’est pas permis de le rompre, sans venir à compte. Maison trouve-t-on des gensqui comptent de bonne foi, et qui ne mettent dans la balance le plus léger déplaisir,pour contre-peser le service du plus grand poids ?Chacun vante son cœur ; c’est une vanité à la mode : vous n’entendez plus direautre chose ; on n’en rougit point. Après cela, chacun se fait une règle dereconnoissance, toujours commode pour lui, toujours incommode pour ses amis.Tacite nous en dit la raison, c’est que notre reconnoissance s’exerce à nosdépens, et celle d’autrui à notre profit.Celui qui fait du bien, parce qu’il se ...
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