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Les Deux Amis de BourbonneDenis Diderot1770Notice préliminaireIl y avait ici deux hommes, qu’on pourrait appeler les Oreste et Pylade deBourbonne. L’un se nommait Olivier, et l’autre Félix ; ils étaient nés le même jour,dans la même maison, et des deux sœurs. Ils avaient été nourris du même lait ; carl’une des mères étant morte en couche, l’autre se chargea des deux enfants. Ilsavaient été élevés ensemble ; ils étaient toujours séparés des autres : ils s’aimaientcomme on existe, comme on vit, sans s’en douter ; ils le sentaient à tout moment, etils ne se l’étaient peut-être jamais dit. Olivier avait une fois sauvé la vie à Félix, quise piquait d’être grand nageur, et qui avait failli de se noyer : ils ne s’en souvenaientni l’un ni l’autre. Cent fois Félix avait tiré Olivier des aventures fâcheuses où soncaractère impétueux l’avait engagé ; et jamais celui-ci n’avait songé à l’enremercier : ils s’en retournaient ensemble à la maison, sans se parler, ou en parlantd’autre chose.Lorsqu’on tira pour la milice, le premier billet fatal étant tombé sur Félix, Olivier dit :« L’autre est pour moi. » Ils firent leur temps de service ; ils revinrent au pays : pluschers l’un à l’autre qu’ils ne l’étaient encore auparavant, c’est ce que je ne sauraisvous assurer : car, petit frère, si les bienfaits réciproques cimentent les amitiésréfléchies, peut-être ne font-ils rien à celles que j’appellerais volontiers des amitiésanimales et domestiques. À l’armée, dans une ...
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