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11
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Français
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Description
Le salon de 1836
Alfred de Musset
Revue des Deux Mondes T.6, 1836
Le Salon de 1836
I
Je ne parlerai que d’un petit nombre d’ouvrages, non par dédain, mais pour ma conscience. Il me semble que la critique ne doit
frapper que quand elle espère ; car autrement, sévère sans mesure, si elle est juste, elle est inutile, et si elle se trompe, elle nuit. Le
médiocre, préférable au faux, oblige à se taire par ses qualités mêmes. On le regarde sans vouloir l’aider. Je ne veux pas me
tromper en mal ; mon avis entraînera l’éloge, sans que mon silence soit une condamnation.
Les comptes-rendus des journaux n’étant que des opinions personnelles, avant de dire ce que j’approuve, je dois m’expliquer sur ce
qui, en général, me semble devoir être approuvé. Non pas que j’aie un système en peinture, car je ne suis pas peintre. Un système,
dans l’artiste, c’est de l’amour ; dans le critique, ce n’est que de la haine. Mais pour qu’un jugement puisse avoir quelque poids, il faut
en dire clairement les motifs.
Je crois qu’une œuvre d’art, quelle qu’elle soit, vit à deux conditions : la première, de plaire à la foule, et la seconde, de plaire aux
connaisseurs. Dans toute production qui atteint l’un de ces deux buts, il y a un talent incontestable, à mon avis. Mais le vrai talent, seul
durable, doit les atteindre tous deux à la fois.
Je sais que cette façon de voir n’est pas celle de tout le monde. Il y a des gens qui font profession de mépriser le vulgaire, comme il y
en a qui n’ont foi qu’en ...
Alfred de Musset
Revue des Deux Mondes T.6, 1836
Le Salon de 1836
I
Je ne parlerai que d’un petit nombre d’ouvrages, non par dédain, mais pour ma conscience. Il me semble que la critique ne doit
frapper que quand elle espère ; car autrement, sévère sans mesure, si elle est juste, elle est inutile, et si elle se trompe, elle nuit. Le
médiocre, préférable au faux, oblige à se taire par ses qualités mêmes. On le regarde sans vouloir l’aider. Je ne veux pas me
tromper en mal ; mon avis entraînera l’éloge, sans que mon silence soit une condamnation.
Les comptes-rendus des journaux n’étant que des opinions personnelles, avant de dire ce que j’approuve, je dois m’expliquer sur ce
qui, en général, me semble devoir être approuvé. Non pas que j’aie un système en peinture, car je ne suis pas peintre. Un système,
dans l’artiste, c’est de l’amour ; dans le critique, ce n’est que de la haine. Mais pour qu’un jugement puisse avoir quelque poids, il faut
en dire clairement les motifs.
Je crois qu’une œuvre d’art, quelle qu’elle soit, vit à deux conditions : la première, de plaire à la foule, et la seconde, de plaire aux
connaisseurs. Dans toute production qui atteint l’un de ces deux buts, il y a un talent incontestable, à mon avis. Mais le vrai talent, seul
durable, doit les atteindre tous deux à la fois.
Je sais que cette façon de voir n’est pas celle de tout le monde. Il y a des gens qui font profession de mépriser le vulgaire, comme il y
en a qui n’ont foi qu’en ...
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