-
9
pages
-
Français
-
Documents
Description
Leconte de LisleLe Massacre de MonaPoèmes barbares, Librairie Alphonse Lemerre, s. d. (1889?) (pp. 113-133).Le Massacre de Mona Or, Mona, du milieu de la mer rude et haute,Dressait rigidement les granits de sa côte,Qui, massifs et baignés d’écume et pleins de bruit,Brisaient l’eau furieuse en gerbes dans la nuit,Sombres spectres, vêtus de blanc dans ces ténèbres,Et vomissant les flots par leurs gueules funèbres.L’esprit rauque du vent, au faîte noir des rocs,Tournoyait et soufflait dans ses cornes d’aurochs ;Et c’était un fracas si vaste et si sauvage,Que la mer s’en taisait tout le long du rivage,Tant le son formidable, en cette immensité,Par coups de foudre et par rafales emporté,De cris et de sanglots, et de voix éperdues,Comblait le gouffre épais des mornes étendues.L’esprit du vent soufflait dans ses clairons de fer,En aspergeant le ciel des baves de la mer ;Il soufflait, hérissant comme une chevelureLa noire nue éparse autour de l’île obscure,Conviant les esprits ceints d’algue et de limons,Et ceux dont le vol gronde à la cime des monts,Et ceux des cavités, de qui la force sourdeFait, comme un cœur qui bat, bondir la terre lourde,Et ceux qui, dans les bois, portent la serpe d’or,Ceux de Kambrie et ceux d’Érinn et ceux d’Armor.L’esprit de la tempête, avec ses mille bouches,Les appelant, soufflait dans ses trompes farouches.Mieux que taureaux beuglants et loups hurlants de faim,D’une égale vigueur, d’une haleine sans finIl soufflait ! ...
-
Publié par
-
Langue
Français