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Lettres de ma chaumièreOctave Mirbeau1885 LE CRAPAUD À M. Aurélien SchollAurélien Scholl, par AndréGillJ’avoue que j’aime le crapaud. Bien qu’il soit hideux et couvert de pustules, qu’ilrampe sur un ventre jaune sale, qu’il ait la démarche grotesque et qu’il se plaise aufond des vieux trous ou sur la bourbe des eaux croupies, cet animal ne m’inspireaucune répulsion. Je n’ai nul dégoût à le prendre dans ma main et à lui dire lesparoles de tendresse niaise que murmurent les concierges aux oreilles de leursaffreux roquets. Que de poignées de main j’ai données à des hommes dont la peauétait peut-être plus blanche et lavée au champa, mais dont l’âme était infinimentplus immonde que celle du crapaud ! Car, n’en doutez pas, s’il est vrai que l’hommepossède une âme, le crapaud, le pauvre crapaud, en possède une aussi, etcombien meilleure ! L’avez-vous observé quand, après avoir aidé sa femelle à sedébarrasser de ses œufs, il enroule lui-même autour de ses propres cuisses, lesprécieux chapelets ? Il les porte partout avec lui, plus prudent, plus ingénieux quejamais, de façon à ce qu’aucun de ces œufs ne se détache, et lorsqu’ils sont prèsd’éclore, il les dépose dans une mare, au meilleur endroit, et les défendcourageusement contre les salamandres et les mourons.Il n’y a pas, dans toute la création, un être plus haï que le crapaud. Les femmes, àsa vue, poussent des cris ...
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