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La marquise de Claye et Saint-AlbanDenis DiderotLA MARQUISE DE CLAYEET[1]SAINT-ALBAN LA MARQUISE DE CLAYE, LE COMTE DE SAINT-ALBAN.La marquise est dans sa chambre à travailler ; elle voit entrer Saint-Alban d’un air rêveur.la marquise.Ah! vous voilà, Saint-Alban ! Où sont donc mes gens ? Il n’y a là personne pourannoncer ?saint-alban. Non, madame.la marquise, en souriant.Il faut qu’il vous soit arrivé quelque grand malheur ; car, Dieu merci, je ne vous voisplus que lorsque vous êtes chagrin.saint-alban, lui baisant la main.Ah ! madame !la marquise.Eh bien, qu’est-ce que c’est ? vous avez l’air soucieux. (Saint-Alban soupire et se tait.)Mais parlez donc, Saint-Alban, vous m’inquiétez. (Elle quitte son ouvrage.)saint-alban.Que vous dirai-je, madame ?la marquise.Tout ce que vous avez dans l’âme. (Il se promène ; la marquise se lève et le suit.) Ne suis-je plus votre amie ? (Il fait un geste de tête pour marquer sa reconnaissance.) Ne vous ai-jepas toujours regardé comme mon enfant ? (vivement.) Ah çà, parlez donc.saint-alban.Madame… Adieu.la marquise.Eh ! mais, où allez-vous donc ?saint-alban.Me noyer.la marquise.Vous noyer ! C’est un parti bien violent : dites-m’en au moins la raison.saint-alban.Ah ! elle est toute simple : la vie m’est insupportable ; je ne peux plus y tenir.la marquise, en riant.A qui le dites-vous ? Je sais vraiment bien qu’il est cruel de vivre ; quand vous aurezmon expérience, vous en serez bien autrement dégoûté ...
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Français