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4
pages
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Français
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Description
Fédor Dostoïevski
La Femme d’un autre
Traduction Ely Halpérine-Kaminsky.
Librairie Plon, 1888 (pp. 203-218).
I
Je suis sortie de chez moi vers midi. J’avais beaucoup à faire et j’étais bien en
retard. Voilà qu’à la porte d’une maison je rencontre une vieille femme, très-vieille,
toute décrépite, appuyée sur un bâton. Il était impossible de deviner son âge. Elle
était assise auprès de la porte cochère, sur le banc du dvornik. Elle se reposait.
J’avais affaire dans une autre maison, à quelques pas de là. J’y entre, et, en
sortant, je retrouvai ma vieille assise sur le banc du dvornik de cette maison. Elle
me regarda, je lui souris et j’entrai dans un magasin où j’avais à prendre des
bottines pour ma fille. Quatre ou cinq minutes après, sur la perspective Newsky, je
revois ma vieille, à la porte d’une troisième maison, assise cette fois, à défaut de
banc, sur une borne auprès de la porte. Je m’arrête malgré moi devant elle,
songeant : Pourquoi s’assied-elle ainsi devant toutes les maisons ?
— Tu es fatiguée, lui demandai-je, ma vieille ?
— Oui, fatiguée, ma fille, toujours fatiguée, et je me suis dit : Il fait chaud, le soleil
brille, je vais aller dîner chez mes petits-enfants.
— Alors, babouchka, tu vas dîner ?
— Dîner, ma fille, dîner.
— Mais tu n’iras pas loin comme cela !
— Oh ! que si : je me repose, je me relève, je fais quelques pas, puis je me repose
encore et je recommence.
Je la regarde. Elle me paraît très-curieuse : une petite vieille, proprette, des ...
La Femme d’un autre
Traduction Ely Halpérine-Kaminsky.
Librairie Plon, 1888 (pp. 203-218).
I
Je suis sortie de chez moi vers midi. J’avais beaucoup à faire et j’étais bien en
retard. Voilà qu’à la porte d’une maison je rencontre une vieille femme, très-vieille,
toute décrépite, appuyée sur un bâton. Il était impossible de deviner son âge. Elle
était assise auprès de la porte cochère, sur le banc du dvornik. Elle se reposait.
J’avais affaire dans une autre maison, à quelques pas de là. J’y entre, et, en
sortant, je retrouvai ma vieille assise sur le banc du dvornik de cette maison. Elle
me regarda, je lui souris et j’entrai dans un magasin où j’avais à prendre des
bottines pour ma fille. Quatre ou cinq minutes après, sur la perspective Newsky, je
revois ma vieille, à la porte d’une troisième maison, assise cette fois, à défaut de
banc, sur une borne auprès de la porte. Je m’arrête malgré moi devant elle,
songeant : Pourquoi s’assied-elle ainsi devant toutes les maisons ?
— Tu es fatiguée, lui demandai-je, ma vieille ?
— Oui, fatiguée, ma fille, toujours fatiguée, et je me suis dit : Il fait chaud, le soleil
brille, je vais aller dîner chez mes petits-enfants.
— Alors, babouchka, tu vas dîner ?
— Dîner, ma fille, dîner.
— Mais tu n’iras pas loin comme cela !
— Oh ! que si : je me repose, je me relève, je fais quelques pas, puis je me repose
encore et je recommence.
Je la regarde. Elle me paraît très-curieuse : une petite vieille, proprette, des ...
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