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5
pages
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Français
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Description
Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski
Journal d’un écrivain
Traduction J.-Wladimir Bienstock et de John-Antoine Nau.
Charpentier, 1904 (pp. 197-213).
MAI
____
I
L'AFFAIRE KAÏROVA
EXTRAIT D'UNE LETTRE
On me demande si je n’écrirai rien sur l’aire Kaïrova. J’ai reçu nombre de lettres qui contiennent cette question. L’une d’elles m’a
paru fort intéressante. Elle n’était évidemment pas destinée à le publicité, mais je me permettrai d’en citer quelques lignes tout en
dissimulant discrètement la personnalité de son auteur. J’espère que mon honorable correspondant ne m’en voudra pas :
« C’est avec un profond sentiment de dégoût que nous avons lu l’affaire de la Kaïrova. Cette affaire nous met en présence des plus
bas instincts. La mère de l’héroïne principale s’adonna à la boisson pendant sa grossesse, son père était un ivrogne, son frère a bu
au point de perdre la raison ; un de ses cousins a égorgé sa femme ; la mère de son père était folle. Voila le milieu d’où est issue
cette Kaïrova. L’accusateur lui-même se demanda si elle n’était pas folle. Quelques médecins-experts niaient ; d’autres admettaient
la possibilité de la démence. Mais ce procès nous révèle surtout, non pas tant une folle qu’une femme arrivée à la limite extrême de la
négation de tout ce qui est saint. Pour elle, la famille n’existe pas ; nulle femme, devant elle, n’a les moindres droits sur son propre
mari, ne peut même dire que sa vie lui appartient ; l’odieuse lubricité de la Kaïrova doit primer tout. « On l’a ...
Journal d’un écrivain
Traduction J.-Wladimir Bienstock et de John-Antoine Nau.
Charpentier, 1904 (pp. 197-213).
MAI
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I
L'AFFAIRE KAÏROVA
EXTRAIT D'UNE LETTRE
On me demande si je n’écrirai rien sur l’aire Kaïrova. J’ai reçu nombre de lettres qui contiennent cette question. L’une d’elles m’a
paru fort intéressante. Elle n’était évidemment pas destinée à le publicité, mais je me permettrai d’en citer quelques lignes tout en
dissimulant discrètement la personnalité de son auteur. J’espère que mon honorable correspondant ne m’en voudra pas :
« C’est avec un profond sentiment de dégoût que nous avons lu l’affaire de la Kaïrova. Cette affaire nous met en présence des plus
bas instincts. La mère de l’héroïne principale s’adonna à la boisson pendant sa grossesse, son père était un ivrogne, son frère a bu
au point de perdre la raison ; un de ses cousins a égorgé sa femme ; la mère de son père était folle. Voila le milieu d’où est issue
cette Kaïrova. L’accusateur lui-même se demanda si elle n’était pas folle. Quelques médecins-experts niaient ; d’autres admettaient
la possibilité de la démence. Mais ce procès nous révèle surtout, non pas tant une folle qu’une femme arrivée à la limite extrême de la
négation de tout ce qui est saint. Pour elle, la famille n’existe pas ; nulle femme, devant elle, n’a les moindres droits sur son propre
mari, ne peut même dire que sa vie lui appartient ; l’odieuse lubricité de la Kaïrova doit primer tout. « On l’a ...
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