-
2
pages
-
Français
-
Documents
Description
Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski
Journal d’un écrivain
Traduction J.-Wladimir Bienstock et de John-Antoine Nau.
Charpentier, 1904 (pp. 171-175).
II
Sur les avocats en général. – Mes impressions de naïf et d’ignorant. – Sur les talents en général et en particulier.
Je désirerais dire quelques mots sur les avocats, mais à peine ai-je pris la plume, que je rougis déjà de la naïveté de mes questions
et propositions.
Il serait, peut-être, enfantin de ma part de m’extasier longuement sur l’institution utile et agréable qu’est celle des avocats. Un homme
a commis un crime ; il ne connaît pas les lois ; il est sur le point d’avouer ; mais paraît l’avocat, qui lui démontre non seulement qu’il a
eu raison, mais encore qu’il est un saint. Il cite quelques lois, explique tel arrêt de telle cour de cassation, tel senatus-consulte, qui
donnent à l’affaire un aspect absolument nouveau, et finit par tirer son homme de prison. C’est délicieux ! On pourrait peut-être laisser
entendre que c’est immoral ; mais enfin, vous avez devant vous un innocent qu’un trop habile réquisitoire du procureur général va
envoyer à la mort pour un forfait perpétré par un autre. L’accusé n’est pas très clair dans ses réponses ; il se borne à grommeler :
« Je ne sais rien ; je n’ai rien fait ! » ce qui, à la longue, irrite juges et jurés. Mais voici qu’entre en scène le digne avocat qui a perdu
ses cheveux en s’exténuant sur des textes légaux, qui connaît toute les lois et tous les arrêts, qui déconcerte le ...
Journal d’un écrivain
Traduction J.-Wladimir Bienstock et de John-Antoine Nau.
Charpentier, 1904 (pp. 171-175).
II
Sur les avocats en général. – Mes impressions de naïf et d’ignorant. – Sur les talents en général et en particulier.
Je désirerais dire quelques mots sur les avocats, mais à peine ai-je pris la plume, que je rougis déjà de la naïveté de mes questions
et propositions.
Il serait, peut-être, enfantin de ma part de m’extasier longuement sur l’institution utile et agréable qu’est celle des avocats. Un homme
a commis un crime ; il ne connaît pas les lois ; il est sur le point d’avouer ; mais paraît l’avocat, qui lui démontre non seulement qu’il a
eu raison, mais encore qu’il est un saint. Il cite quelques lois, explique tel arrêt de telle cour de cassation, tel senatus-consulte, qui
donnent à l’affaire un aspect absolument nouveau, et finit par tirer son homme de prison. C’est délicieux ! On pourrait peut-être laisser
entendre que c’est immoral ; mais enfin, vous avez devant vous un innocent qu’un trop habile réquisitoire du procureur général va
envoyer à la mort pour un forfait perpétré par un autre. L’accusé n’est pas très clair dans ses réponses ; il se borne à grommeler :
« Je ne sais rien ; je n’ai rien fait ! » ce qui, à la longue, irrite juges et jurés. Mais voici qu’entre en scène le digne avocat qui a perdu
ses cheveux en s’exténuant sur des textes légaux, qui connaît toute les lois et tous les arrêts, qui déconcerte le ...
-
Publié par
-
Langue
Français