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Fédor Mikhaïlovitch DostoïevskiJournal d’un écrivainTraduction J.-Wladimir Bienstock et de John-Antoine Nau.Charpentier, 1904 (pp. 193-197).IIun homme paradoxalPuisque nous parlons de la guerre, il faut que je vous entretienne de quelques opinions de l’un de mes amis qui est un homme àparadoxes. Il est des moins connus, son caractère est étrange : c’est un rêveur. Plus tard j’entrerai dans plus de détail à son sujet.Quant à présent, je ne veux me rappeler qu’une conversation que j’eus avec lui, il y a déjà quelques années : il défendait la guerre, engénéral, peut-être uniquement par amour du paradoxe. Notez que c’est un parfait « pékin », l’homme du monde le plus pacifique, leplus indifférent aux haines internationales ou simplement interpétersbourgeoises.— C’est s’exprimer en sauvage, dit-il entre autres choses, qu’affirmer que la guerre est un fléau pour l’humanité. Tout au contraire,c’est ce qui peut lui être le plus utile. Il n’y a qu’une sorte de guerre vraiment déplorable, c’est la guerre civile. Elle décompose l’État,dure toujours trop longtemps et abrutit le peuple pour des siècles entiers. Mais la guerre internationale est excellente sous tous lesrapports. Elle est indispensable.— Que voyez-vous d’indispensable dans ce fait, que deux peuples se jettent l’un sur l’autre pour s’entre-tuer ? — Tout, absolument tout ! D’abord il n’est pas vrai que les combattants se jettent les uns sur les autres pour s’entre-tuer ou du moinstelle n’est pas leur ...
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