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Fédor Mikhaïlovitch DostoïevskiJournal d’un écrivainTraduction J.-Wladimir Bienstock et de John-Antoine Nau.Charpentier, 1904 (pp. 68-84).VB O B O KCette fois, je feuillette le « Carnet » d’une autre personne. Il ne s’agit plus de moi,du tout ; il est question de quelqu’un dont je ne suis aucunement solidaire, et toutepréface plus longue me paraît inutile.Carnet de « la personne » .Semion Ardalionovitch me dit avant-hier :— Ivan Ivanitch, ne t’arrive-t-il jamais d’être ivre ?Singulière question, dont, pourtant, je ne m’offensai pas. Je suis un homme placideque certaines gens veulent faire passer pour fou. — Naguère un peintre a désiréfaire mon portrait. J’ai consenti à poser et la toile a été admise dans uneexposition. Quelques jours après, je lisais dans un journal qui parlait de ce portrait :« Allez voir ce visage maladif et convulsé qui semble celui d’un candidat à lafolie… » Je ne m’en vexai en rien. Je n’ai pas assez de valeur comme littérateurpour devenir fou à force de talent. J’ai écrit une nouvelle : on ne l’a pas insérée. J’aiécrit un feuilleton : on l’a refusé. J’ai porté ce feuilleton à beaucoup de directeurs dejournaux : on n’en a voulu nulle part.— Ce que vous écrivez manque de sel, m’a-t-on dit.— « De quel genre de sel ? ai-je demandé un peu ironiquement. De sel attique ? »On ne m’a pas compris du tout. Alors, le plus souvent, je traduis des livres françaispour nos éditeurs. Je rédige aussi des réclames pour les négociants : « ...
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Français