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8
pages
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Français
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Documents
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2015
Description
Le souvenir le plus vif que j’ai de mon grand-père est celui de la plage d’Ostende :un homme de soixante-six ans, tiré à quatre épingles dans son costume bleu nuit, vient de creuser avec la pelle bleue de son petit-fils un trou peu profond et de tasser le sable rejeté tout autour pour que sa femme et lui puissent s’asseoir dans un certain confort. Il a légèrement surélevé le rebord derrière eux, pour assurer une protection contre le vent d’août provenant des terres, qui sous les hautes traînées de nuages souffle sur la ligne des vagues de la mer se retirant. Ils ont ôté leurs chaussures et leurs chaussettes et profitent, en remuant légèrement les orteils, de la fraîcheur du sable humide en profondeur–un acte qui me paraît, moi qui n’ai alors que six ans, d’une extraordinaire frivolité chez ces deux personnes éternellement vêtues de noir, de gris ou de bleu marine. Malgré la chaleur et la plage, mon grand-père garde son borsalino noir rivé sur sa tête presque chauve, il porte sa chemise d’un blanc impeccable et, comme toujours, sa lavallière noire, une grande lavallière, plus grande qu’elles ne le sont d’ordinaire, dont pendent de surcroît les deux extrémités, si bien qu’on a l’impression, à une 15 certaine distance, qu’il a noué autour de son cou la silhouette d’un ange noir aux ailes déployées.
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Publié par
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Publié le
19 novembre 2015
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Langue
Français