-
13
pages
-
Français
-
Documents
Description
Denis DiderotEntretien d’un philosophe avec la maréchale de ***Garnier, 1875-77 (pp. 507-528).◄ Notice préliminaireJ’avais je ne sais quelle affaire à traiter avec le maréchal de*** ; j’allai à son hôtel, un matin ; il était absent : je me fis annoncer àmadame la maréchale. C’est une femme charmante ; elle est belle et dévote comme un ange ; elle a la douceur peinte sur sonvisage ; et puis, un son de voix et une naïveté de discours tout à fait avenants à sa physionomie. Elle était à sa toilette. Onm’approche un fauteuil ; je m’assieds, et nous causons. Sur quelques propos de ma part, qui l’édifièrent et qui la surprirent (car elleétait dans l’opinion que celui qui nie la très-sainte Trinité est un homme de sac et de corde, qui finira par être pendu), elle me dit :N’êtes-vous pas monsieur Crudeli ?CRUDELI.Oui, madame.LA MARÉCHALE.C’est donc vous qui ne croyez rien ?CRUDELI.Moi-même.LA MARÉCHALE.Cependant votre morale est d’un croyant.CRUDELI.Pourquoi non, quand il est honnête homme ?LA MARÉCHALE.Et cette morale-là, vous la pratiquez ? CRUDELI.De mon mieux.LA MARÉCHALE.Quoi ! vous ne volez point, vous ne tuez point, vous ne pillez point ?CRUDELI.Très-rarement.LA MARÉCHALE.Que gagnez-vous donc à ne pas croire ?CRUDELI.Rien du tout, madame la maréchale. Est-ce qu’on croit, parce qu’il y a quelque chose à gagner ?LA MARÉCHALE.Je ne sais ; mais la raison d’intérêt ne gâte rien aux affaires de ce monde ni de l’autre.[1]CRUDELI. J’en suis un ...
-
Publié par
-
Langue
Français