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Dialogue de l’amour et de l’amitiéCharles Perrault1660L’AmourIl faut avouer, ma chère sœur, que nous faisons bien parler de nous dans le monde.L’AmitiéIl est vrai, mon frère, qu’il n’est point de compagnie un peu galante, où nous nesoyons le sujet de la conversation, et où l’on n’examine qui nous sommes, notrenaissance, notre pouvoir, et toutes nos actions.L’AmourCela me déplaît assez, car il n’est pas possible de s’imaginer le mal qu’on dit demoi. Les sérieux me traitent de folâtre et d’emporté, les enjoués de chagrin et demélancolique ; les vieillards de fainéant et de débauché qui corrompt la jeunesse ;les jeunes gens de cruel et de tyran qui leur fait souffrir mille martyres, qui les retienten prison, qui les brûle tout vifs et qui ne se repaît que de leurs soupirs et de leurslarmes. Mais ce qui me fâche le plus, c’est que je suis tellement décrié parmi lesfemmes qu’on n’oserait presque leur parler de moi, ou si on leur en parle, il fautbien se donner de garde de me nommer : mon nom seul leur fait peur et les faitrougir. Pour vous, ma sœur, chacun s’empresse de vous louer ; on vous nomme ladouceur de la vie, l’union des belles âmes, le doux lien de la société ; et enfin, ceuxqui se mêlent de pousser les beaux sentiments disent tout d’une voix, et le disent encent façons, qu’il n’est rien de si beau, ni de si charmant que la belle Amitié.L’AmitiéVous vous raillez bien agréablement ; je me connais, mon frère, et je n’ai garde deprendre pour moi ...
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