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Deux Elégies polonaisesSigismond KrasinskiRevue des Deux Mondes T.36, 1861Deux Elégies PolonaisesCe n’est qu’au sein d’une nation malheureuse et opprimée, ce n’est qu’en Polognequ’a pu se produire ce fait étrange : un grand poète adoré du public, qui, pendanttoute sa vie, a dû se soustraire aux ovations et cacher obstinément sa gloire sous levoile de l’anonyme. Telle fut la destinée du comte Sigismond Krasinski, mort en1859, à l’âge de quarante-sept ans, et que la France n’a connu longtemps quecomme le poète anonyme de la Pologne. Ses œuvres poétiques, empreintes duplus ardent patriotisme, imprimées successivement à Paris par les soins d’un amidévoué, avec des précautions de mystère inouïes, ont eu chacune trois ou quatreéditions, car elles se répandaient en secret dans toutes les parties de l’anciennePologne, où on les lisait, relisait et apprenait par cœur, en y puisant la consolation[1]et le courage .Le pays enthousiaste prononçait à voix basse le nom de l’auteur bien-aimé. Quantà lui, il niait partout et toujours en se défendant de cette paternité avec uneénergique obstination. Sauf deux ou trois amis intimes, il n’osait se fier à personne.Lorsque quelque étourdi lui parlait d’un de ses ouvrages, il feignait de ne le pasconnaître, il priait son interlocuteur de lui en procurer la lecture, et en rendant levolume, critiquait amèrement ce prétendu chef-d’œuvre. Avec des gens qui luisemblaient suspects, Krasinski allait plus loin : il soutenait ...
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