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5
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Français
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Description
Charles de Saint-Évremond
Œuvres mêlées
De la tragédie ancienne et moderne
DE LA TRAGÉDIE ANCIENNE ET MODERNE.
(1672.)
On n’a jamais vu tant de règles pourfaire de belles tragédies ; et on en fait si peu,
qu’on est obligé de représenter toutes les vieilles. Il me souvient que l’abbé
d’Aubignac en composa une selon toutes les lois qu’il avoit impérieusement
1données pour le théâtre . Elle ne réussit point ; et comme il se vantoit partout d’être
le seul de nos auteurs qui eût bien suivi les préceptes d’Aristote : Je sais bon gré à
M. d’Aubignac, dit Monsieur le Prince, d’avoir si bien suivi les règles d’Aristote ;
mais je ne pardonne point aux règles d’Aristote d’avoir fait faire une si méchante
tragédie à M. d’Aubignac.
Il faut convenir que la Poétique d’Aristote est un excellent ouvrage : cependant il n’y
a rien d’assez parfait pour régler toutes les nations et tous les siècles. Descartes et
Gassendi ont découvert des vérités qu’Aristote ne connoissoit pas ; Corneille a
trouvé des beautés pour le théâtre qui ne lui étoient pas connues ; nos philosophes
ont remarqué des erreurs dans sa Physique ; nos poëtes ont vu des défauts dans
s a Poétique, pour le moins à notre égard, toutes choses étant aussi changées
qu’elles le sont.
Les dieux et les déesses causoient tout ce qu’il y avoit de grand et d’extraordinaire,
sur le théâtre des Anciens, par leurs haines, par leurs protections ; et de tant de
choses surnaturelles, rien ne paroissoit fabuleux au peuple, dans l’opinion ...
Œuvres mêlées
De la tragédie ancienne et moderne
DE LA TRAGÉDIE ANCIENNE ET MODERNE.
(1672.)
On n’a jamais vu tant de règles pourfaire de belles tragédies ; et on en fait si peu,
qu’on est obligé de représenter toutes les vieilles. Il me souvient que l’abbé
d’Aubignac en composa une selon toutes les lois qu’il avoit impérieusement
1données pour le théâtre . Elle ne réussit point ; et comme il se vantoit partout d’être
le seul de nos auteurs qui eût bien suivi les préceptes d’Aristote : Je sais bon gré à
M. d’Aubignac, dit Monsieur le Prince, d’avoir si bien suivi les règles d’Aristote ;
mais je ne pardonne point aux règles d’Aristote d’avoir fait faire une si méchante
tragédie à M. d’Aubignac.
Il faut convenir que la Poétique d’Aristote est un excellent ouvrage : cependant il n’y
a rien d’assez parfait pour régler toutes les nations et tous les siècles. Descartes et
Gassendi ont découvert des vérités qu’Aristote ne connoissoit pas ; Corneille a
trouvé des beautés pour le théâtre qui ne lui étoient pas connues ; nos philosophes
ont remarqué des erreurs dans sa Physique ; nos poëtes ont vu des défauts dans
s a Poétique, pour le moins à notre égard, toutes choses étant aussi changées
qu’elles le sont.
Les dieux et les déesses causoient tout ce qu’il y avoit de grand et d’extraordinaire,
sur le théâtre des Anciens, par leurs haines, par leurs protections ; et de tant de
choses surnaturelles, rien ne paroissoit fabuleux au peuple, dans l’opinion ...
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