-
4
pages
-
Français
-
Documents
Description
Charles de Saint-ÉvremondŒuvres mêléesDe la retraiteDE LA RETRAITE.(1686.)On ne voit rien de si ordinaire, aux vieilles gens, que de soupirer pour la retraite ; etrien de si rare, en ceux qui se sont retirés, que de ne s’en repentir pas. Leur âme,trop assujettie à leur humeur, se dégoûte du monde, par son propre ennui : car, àpeine ont-ils quitté ce faux objet de leur mal, qu’ils souffrent aussi peu la solitudeque le monde : s’ennuyant d’eux-mêmes, où ils n’ont plus qu’eux dont ils se puissentennuyer.Une raison essentielle, qui nous oblige à nous retirer, quand nous sommes vieux,c’est qu’il faut prévenir le ridicule, où l’âge nous fait tomber, presque toujours. Sinous quittons le monde à propos, on y conservera l’idée du mérite que nous auronseu : si nous y demeurons trop, on aura nos défauts devant les yeux ; et ce que nousserons devenus effacera le souvenir de ce que nous avons été. D’ailleurs, c’est unehonte à un honnête homme de traîner les infirmités de la vieillesse dans une cour,où la fin de ses services a fait celle de ses intérêts.La nature nous redemande, pour la liberté, quand nous n’avons plus rien à espérer,pour la fortune. Voilà ce qu’un sentiment d’honnêteté, ce que le soin de notreréputation, ce que le bon sens, ce que la nature exigent de nous. Mais le monde ases droits, encore, pour nous demander la même chose. Son commerce nous afourni des plaisirs, tant que nous avons été capables de les goûter : il y auroit del’ingratitude à ...
-
Publié par
-
Langue
Français