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26
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Français
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Description
Charles Baudelaire
L’Art romantique
XV
RÉFLEXIONS
SUR
QUELQUES-UNS DE MES CONTEMPORAINS
I
VICTOR HUGO
Depuis bien des années déjà Victor Hugo n’est plus parmi nous. Je me souviens
d’un temps où sa figure était une des plus rencontrées parmi la foule ; et bien des
fois je me suis demandé, en le voyant si souvent apparaître dans la turbulence des
fêtes ou dans le silence des lieux solitaires, comment il pouvait concilier les
nécessités de son travail assidu avec ce goût sublime, mais dangereux, des
promenades et des rêveries ? Cette apparente contradiction est évidemment le
résultat d’une existence bien réglée et d’une forte
constitution spirituelle qui lui permet de travailler en marchant, ou plutôt de ne
pouvoir marcher qu’en travaillant. Sans cesse, en tous lieux, sous la lumière du
soleil, dans les flots de la foule, dans les sanctuaires de l’art, le long des
bibliothèques poudreuses exposées au vent, Victor Hugo, pensif et calme, avait
l’air de dire : « Entre bien dans mes yeux pour que je me souvienne de toi. »
À l’époque dont je parle, époque où il exerçait une vraie dictature dans les choses
littéraires, je le rencontrai quelquefois dans la compagnie d’Édouard Ourliac, par
qui je connus aussi Pétrus Borel et Gérard de Nerval. Il m’apparut comme un
homme très-doux, très-puissant, toujours maître de lui-même, et appuyé sur une
sagesse abrégée, faite de quelques axiomes irréfutables. Depuis longtemps déjà il
avait montré, non pas seulement dans ses livres, mais aussi ...
L’Art romantique
XV
RÉFLEXIONS
SUR
QUELQUES-UNS DE MES CONTEMPORAINS
I
VICTOR HUGO
Depuis bien des années déjà Victor Hugo n’est plus parmi nous. Je me souviens
d’un temps où sa figure était une des plus rencontrées parmi la foule ; et bien des
fois je me suis demandé, en le voyant si souvent apparaître dans la turbulence des
fêtes ou dans le silence des lieux solitaires, comment il pouvait concilier les
nécessités de son travail assidu avec ce goût sublime, mais dangereux, des
promenades et des rêveries ? Cette apparente contradiction est évidemment le
résultat d’une existence bien réglée et d’une forte
constitution spirituelle qui lui permet de travailler en marchant, ou plutôt de ne
pouvoir marcher qu’en travaillant. Sans cesse, en tous lieux, sous la lumière du
soleil, dans les flots de la foule, dans les sanctuaires de l’art, le long des
bibliothèques poudreuses exposées au vent, Victor Hugo, pensif et calme, avait
l’air de dire : « Entre bien dans mes yeux pour que je me souvienne de toi. »
À l’époque dont je parle, époque où il exerçait une vraie dictature dans les choses
littéraires, je le rencontrai quelquefois dans la compagnie d’Édouard Ourliac, par
qui je connus aussi Pétrus Borel et Gérard de Nerval. Il m’apparut comme un
homme très-doux, très-puissant, toujours maître de lui-même, et appuyé sur une
sagesse abrégée, faite de quelques axiomes irréfutables. Depuis longtemps déjà il
avait montré, non pas seulement dans ses livres, mais aussi ...
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Français
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