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Charles BaudelairePetits Poèmes en proseXLIIPORTRAITS DE MAÎTRESSESDans un boudoir d’hommes, c’est-à-dire dans un fumoir attenant à un élégant tripot,quatre hommes fumaient et buvaient. Ils n’étaient précisément ni jeunes ni vieux, nibeaux ni laids ; mais vieux ou jeunes, ils portaient cette distinction nonméconnaissable des vétérans de la joie, cet indescriptible je ne sais quoi, cettetristesse froide et railleuse qui dit clairement : « Nous avons fortement vécu, et nouscherchons ce que nous pourrions aimer et estimer. »L’un d’eux jeta la causerie sur le sujet des femmes. Il eût été plus philosophique den’en pas parler du tout ; mais il y a des gens d’esprit qui, après boire, ne méprisentpas les conversations banales. On écoute alors celui qui parle, comme onécouterait de la musique de danse.« Tous les hommes, disait celui-ci, ont eu l’âge de Chérubin : c’est l’époque où,faute de dryades, on embrasse, sans dégoût, le tronc des chênes. C’est le premierdegré de l’amour. Au second degré, on commence à choisir. Pouvoir délibérer,c’est déjà une décadence. C’est alors qu’on recherche décidément la beauté. Pourmoi, messieurs, je me fais gloire d’être arrivé, depuis longtemps, à l’époqueclimatérique du troisième degré où la beauté elle-même ne suffit plus, si elle n’estassaisonnée par le parfum, la parure, et cætera. J’avouerai même que j’aspirequelquefois, comme à un bonheur inconnu, à un certain quatrième degré qui doitmarquer le calme absolu. Mais, ...
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