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3
pages
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Français
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Description
Charles Baudelaire
L’Art romantique
CRITIQUES LITTÉRAIRES
IV
LES MARTYRS RIDICULES
[1]PAR LÉON CLADEL
Un de mes amis, qui est en même temps mon éditeur, me pria de lire ce livre,
affirmant que j’y trouverais plaisir. Je n’y consentis qu’avec une excessive
répugnance ; car on m’avait dit que l’auteur était un jeune homme, et la Jeunesse,
dans le temps présent, m’inspire, par ses défauts nouveaux, une défiance déjà bien
suffisamment légitimée par ceux qui la distinguèrent en tout temps. J’éprouve, au
contact de la Jeunesse, la même sensation de malaise qu’à la rencontre d’un
camarade de collége oublié, devenu boursier, et que les vingt ou trente années
intermédiaires n’empêchent pas de me tutoyer ou de me frapper sur le ventre. Bref,
je me sens en mauvaise compagnie.
Cependant l’ami en question avait deviné juste ; quelque chose lui avait plu, qui
devait m’exciter moi-même ; ce n’était certes pas la première fois que je me
trompais ; mais je crois bien que ce fut la première où j’éprouvai tant de plaisir à
m’être trompé.
Il y a dans la gentry parisienne quatre jeunesses distinctes. L’une, riche, bête,
oisive, n’adorant pas d’autres divinités que la paillardise et la goinfrerie, ces muses
du vieillard sans honneur : celle-là ne nous concerne en rien. L’autre, bête, sans
autre souci que l’argent, troisième divinité du vieillard : celle-ci, destinée à faire
fortune, ne nous intéresse pas davantage. Passons encore. Il y a une troisième
espèce de jeunes gens qui aspirent à ...
L’Art romantique
CRITIQUES LITTÉRAIRES
IV
LES MARTYRS RIDICULES
[1]PAR LÉON CLADEL
Un de mes amis, qui est en même temps mon éditeur, me pria de lire ce livre,
affirmant que j’y trouverais plaisir. Je n’y consentis qu’avec une excessive
répugnance ; car on m’avait dit que l’auteur était un jeune homme, et la Jeunesse,
dans le temps présent, m’inspire, par ses défauts nouveaux, une défiance déjà bien
suffisamment légitimée par ceux qui la distinguèrent en tout temps. J’éprouve, au
contact de la Jeunesse, la même sensation de malaise qu’à la rencontre d’un
camarade de collége oublié, devenu boursier, et que les vingt ou trente années
intermédiaires n’empêchent pas de me tutoyer ou de me frapper sur le ventre. Bref,
je me sens en mauvaise compagnie.
Cependant l’ami en question avait deviné juste ; quelque chose lui avait plu, qui
devait m’exciter moi-même ; ce n’était certes pas la première fois que je me
trompais ; mais je crois bien que ce fut la première où j’éprouvai tant de plaisir à
m’être trompé.
Il y a dans la gentry parisienne quatre jeunesses distinctes. L’une, riche, bête,
oisive, n’adorant pas d’autres divinités que la paillardise et la goinfrerie, ces muses
du vieillard sans honneur : celle-là ne nous concerne en rien. L’autre, bête, sans
autre souci que l’argent, troisième divinité du vieillard : celle-ci, destinée à faire
fortune, ne nous intéresse pas davantage. Passons encore. Il y a une troisième
espèce de jeunes gens qui aspirent à ...
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