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3
pages
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Français
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Description
Les Chroniques de
Guy de Maupassant
(alpha-chrono)
Le Fantastique
Le Gaulois, 7 octobre 1883
Lentement, depuis vingt ans, le surnaturel est sorti de nos âmes. Il s’est évaporé
comme s’évapore un parfum quand la bouteille est débouchée. En portant l’orifice
aux narines et en aspirant longtemps, longtemps, on retrouve à peine une vague
senteur. C’est fini.
Nos petits-enfants s’étonneront des croyances naïves de leurs pères à des choses
si ridicules et si invraisemblables. Ils ne sauront jamais ce qu’était autrefois, la nuit,
la peur du mystérieux, la peur du surnaturel. C’est à peine si quelques centaines
d’hommes s’acharnent encore à croire aux visites des esprits, aux influences de
certains êtres ou de certaines choses, au somnambulisme lucide, à tout le
charlatanisme des spirites. C’est fini.
Notre pauvre esprit inquiet, impuissant, borné, effaré par tout effet dont il ne
saisissait pas la cause, épouvanté par le spectacle incessant et incompréhensible
du monde a tremblé pendant des siècles sous des croyances étranges et
enfantines qui lui servaient à expliquer l’inconnu. Aujourd’hui, il devine qu’il s’est
trompé, et il cherche à comprendre, sans savoir encore. Le premier pas, le grand
pas est fait. Nous avons rejeté le mystérieux qui n’est plus pour nous que l’inexploré.
Dans vingt ans, la peur de l’irréel n’existera plus même dans le peuple des champs.
Il semble que la Création ait pris un autre aspect, une autre figure, une autre
signification qu’autrefois. De là va ...
Guy de Maupassant
(alpha-chrono)
Le Fantastique
Le Gaulois, 7 octobre 1883
Lentement, depuis vingt ans, le surnaturel est sorti de nos âmes. Il s’est évaporé
comme s’évapore un parfum quand la bouteille est débouchée. En portant l’orifice
aux narines et en aspirant longtemps, longtemps, on retrouve à peine une vague
senteur. C’est fini.
Nos petits-enfants s’étonneront des croyances naïves de leurs pères à des choses
si ridicules et si invraisemblables. Ils ne sauront jamais ce qu’était autrefois, la nuit,
la peur du mystérieux, la peur du surnaturel. C’est à peine si quelques centaines
d’hommes s’acharnent encore à croire aux visites des esprits, aux influences de
certains êtres ou de certaines choses, au somnambulisme lucide, à tout le
charlatanisme des spirites. C’est fini.
Notre pauvre esprit inquiet, impuissant, borné, effaré par tout effet dont il ne
saisissait pas la cause, épouvanté par le spectacle incessant et incompréhensible
du monde a tremblé pendant des siècles sous des croyances étranges et
enfantines qui lui servaient à expliquer l’inconnu. Aujourd’hui, il devine qu’il s’est
trompé, et il cherche à comprendre, sans savoir encore. Le premier pas, le grand
pas est fait. Nous avons rejeté le mystérieux qui n’est plus pour nous que l’inexploré.
Dans vingt ans, la peur de l’irréel n’existera plus même dans le peuple des champs.
Il semble que la Création ait pris un autre aspect, une autre figure, une autre
signification qu’autrefois. De là va ...
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