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3
pages
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Français
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Description
Charles Baudelaire
L’Art romantique
CRITIQUES LITTÉRAIRES
III
LA DOUBLE VIE
PAR CHARLES ASSELINEAU
Onze petites nouvelles se présentent sous ce titre général : la Double Vie. Le sens
du titre se dévoile heureusement après la lecture de quelques-uns des morceaux
qui composent cet élégant et éloquent volume. Il y a un chapitre de Buffon qui est
intitulé : Homo duplex, dont je ne me rappelle plus au juste le contenu, mais dont le
titre bref, mystérieux, gros de pensées, m’a toujours précipité dans la rêverie ; et
qui maintenant encore, au moment où je veux vous donner une idée de l’esprit qui
anime l’ouvrage de M. Asselineau, se présente brusquement à ma mémoire, et la
provoque, et la confronte comme une idée fixe. Qui parmi nous n’est pas un homo
duplex ? Je veux parler de ceux dont l’esprit a été dès l’enfance touched with
pensiveness ; toujours double, action et intention, rêve et réalité ; toujours l’un
nuisant à l’autre, l’un usurpant la part de l’autre. Ceux-ci font de lointains voyages au
coin d’un foyer dont ils méconnaissent la douceur ; et ceux-là, ingrats envers les
aventures dont la Providence leur fait don, caressent le rêve d’une vie casanière,
enfermée dans un espace de quelques mètres. L’intention laissée en route, le rêve
oublié dans une auberge, le projet barré par l’obstacle, le malheur et l’infirmité
jaillissant du succès comme les plantes vénéneuses d’une terre grasse et négligée,
le regret mêlé d’ironie, le regard jeté en arrière comme celui d’un ...
L’Art romantique
CRITIQUES LITTÉRAIRES
III
LA DOUBLE VIE
PAR CHARLES ASSELINEAU
Onze petites nouvelles se présentent sous ce titre général : la Double Vie. Le sens
du titre se dévoile heureusement après la lecture de quelques-uns des morceaux
qui composent cet élégant et éloquent volume. Il y a un chapitre de Buffon qui est
intitulé : Homo duplex, dont je ne me rappelle plus au juste le contenu, mais dont le
titre bref, mystérieux, gros de pensées, m’a toujours précipité dans la rêverie ; et
qui maintenant encore, au moment où je veux vous donner une idée de l’esprit qui
anime l’ouvrage de M. Asselineau, se présente brusquement à ma mémoire, et la
provoque, et la confronte comme une idée fixe. Qui parmi nous n’est pas un homo
duplex ? Je veux parler de ceux dont l’esprit a été dès l’enfance touched with
pensiveness ; toujours double, action et intention, rêve et réalité ; toujours l’un
nuisant à l’autre, l’un usurpant la part de l’autre. Ceux-ci font de lointains voyages au
coin d’un foyer dont ils méconnaissent la douceur ; et ceux-là, ingrats envers les
aventures dont la Providence leur fait don, caressent le rêve d’une vie casanière,
enfermée dans un espace de quelques mètres. L’intention laissée en route, le rêve
oublié dans une auberge, le projet barré par l’obstacle, le malheur et l’infirmité
jaillissant du succès comme les plantes vénéneuses d’une terre grasse et négligée,
le regret mêlé d’ironie, le regard jeté en arrière comme celui d’un ...
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Français