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Charles BaudelairePetits Poèmes en proseXXXLA CORDEÀ ÉDOUARD MANET« Les illusions, — me disait mon ami, — sont aussi innombrables peut-être que lesrapports des hommes entre eux, ou des hommes avec les choses. Et quandl’illusion disparaît, c’est-à-dire quand nous voyons l’être ou le fait tel qu’il existe endehors de nous, nous éprouvons un bizarre sentiment, compliqué moitié de regretpour le fantôme disparu, moitié de surprise agréable devant la nouveauté, devant lefait réel. S’il existe un phénomène évident, trivial, toujours semblable, et d’unenature à laquelle il soit impossible de se tromper, c’est l’amour maternel. Il est aussidifficile de supposer une mère sans amour maternel qu’une lumière sans chaleur ;n’est-il donc pas parfaitement légitime d’attribuer à l’amour maternel toutes lesactions et les paroles d’une mère, relatives à son enfant ? Et cependant écoutezcette petite histoire, où j’ai été singulièrement mystifié par l’illusion la plus naturelle. « Ma profession de peintre me pousse à regarder attentivement les visages, lesphysionomies, qui s’offrent dans ma route, et vous savez quelle jouissance noustirons de cette faculté qui rend à nos yeux la vie plus vivante et plus significative quepour les autres hommes. Dans le quartier reculé que j’habite, et où de vastesespaces gazonnés séparent encore les bâtiments, j’observai souvent un enfant dontla physionomie ardente et espiègle, plus que toutes les autres, me séduisit toutd’abord. Il a ...
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